Alan Lomax, la mémoire musicale du xxème siècle

Le 10 février 2015 par
Alan Lomax, la mémoire musicale du xxème siècle
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A l'occasion du centenaire de sa naissance, Fip rend hommage à Alan Lomax, chasseur de sons, ethno-musicologue et infatigable défenseur des minorités culturelles à travers le monde.

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Collecteur de 1933 à 1996, folkloriste, anthropologue, chercheur, homme de radio, écrivain, producteur, chanteur et guitariste, Alan Lomax (1915-2002) a travaillé dans le monde entier. Ses enregistrements et ses écrits sont autant de témoignages et de traces des cultures populaires des Etats-Unis, des Caraïbes ou de l'Europe. Né le 31 janvier 1915 à Austin, Texas, Alan commença à graver son oeuvre monumentale en 1933 dans le sud des Etats Unis, il a 18 ans.

En pleine Dépression et New Deal, Alan Lomax et son père John sont missionnés par la Bibliothèque du Congrès de Washington pour enregistrer le folklore du Sud des Etats-Unis. Ils transforment l’arrière de leur voiture afin d’y loger un matériel primitif de gravure  unique, pesant 200 kg et enregistrant sur des disques d'aluminium. Ils s’arrêtent dans les rues, les bouges, les exploitations agricoles, les prisons et les églises pour garder une trace de cette culture jusque là méprisée. Passionné, romantique, le jeune Lomax est vite confronté à la ségrégation de ces états du Deep South, au silence des opprimés méfiants et aux affres des sheriffs, fermiers locaux...

Il enregistre Leadbelly, Woody Guthrie, Fred McDowell, Muddy Waters mais aussi des centaines d'anonymes acteurs et témoins de la culture populaire. Son oeuvre "The Land Where The Blues Began" récemment réédité en France est une bible pour tous les amateurs du genre mais peu importe le genre pour Alan Lomax qui considère ces musiques comme le folklore et l'âme de son pays.

“Le coeur de mon travail était de mettre la technologie d’enregistrement à la disposition des peuples, d’apporter des voies de communication à toutes sortes d’artistes (…), de donner une voix aux sans-voix (…), permettre à ces gens de s’exprimer, de donner leur version de l’histoire.” Alan Lomax

Il continue son travail au sein de l'armée pendant la seconde guerre mondiale. En 1944 il édite le coffret The Martins and the Coys. Humaniste, politiquement engagé et sympathisant communiste, Alan Lomax fuit son pays et la chasse aux sorcières du maccarthysme. Il va sillonner l'Europe entre 1950 et 1958 et continuer son travail de collecte musicale dans les Îles britanniques, en Espagne, Italie et bien sûr en France.

Alan Lomax en Espagne et dans les Caraibes

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Dans les années 60 il entame une vaste collecte dans les Caraïbes et en Océanie puis revient aux Etats-Unis avec des haltes au Maroc ou en Russie. Il reprend ses enregistrements, son collectage (field-recordings en anglais) dans son pays et va parcourir la Louisiane, les Appalaches et autres contrées, utilisant les nouvelles technologies jusqu'à la vidéo dont on peut voir quelques pépites sur la chaîne youtube Alan Lomax Archive.

 

Alan Lomax fut aussi producteur et éditeur, il créa avec sa collection Columbia World Library Of Folk And Primitive Music la matrice de ce que nous appelons World Music. Pionnier dans l'idée de Musiques du Mondes accessibles à tous, il rêvait d'une bibliothèque culturelle et musicale mondiale. En 1993 il a créé l’Association for Cultural Equity (ACE, Association pour l'égalité entre cultures) qui a numérisé son travail. Plus de 17 000 documents sont aujourd'hui disponibles ici => 

Le 27 juin 2013 Fip consacrait son émission Fip Livre ses Musiques à l'ouvrage culte d'Alan Lomax "Le pays où naquit le blues". Une oeuvre à écouter ici :

“Quand allons-nous réaliser que la plus grande richesse du monde est l’humanité elle-même, et que, de toutes ses créations, la culture est la plus précieuse ?” Alan Lomax

A écouter aussi : "Frontières" par Alexis Ipatovtsev consacré à Alan Lomax sur France Culture :

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