dix ans de la mort de Claude Nougaro - Quand le jazz est là

Le 09 mars 2014 par
dix ans de la mort de Claude Nougaro - Quand le jazz est là
Claude Nougaro © Claude Delorme

Fip rend hommage au poète jazz toulousain Claude Nougaro

Une décennie ! Dix ans déjà que "le petit taureau", le "troubadour cathare", le "cracheur de swing" nous a quitté ! C'était un 4 mars 2004, le cancer avait raison du poète jazz et héros toulousain Claude Nougaro. Bien sûr de nombreux ouvrages, coffrets ou compilations en tous genre sortent pour l'occasion. Opportunisme mercantile ? sans doute, mais comme l'écrivait le poète Jacques Audiberti que Nougaro aimait « Un trésor, c'est pour qu'on y touche ». Alors ne boudons pas notre plaisir de célébrer ce chanteur de grande variété, cet immense poète du quartier des Minimes.
En attendant le concert Fip de À NOUsGARO en direct de Radio France Jeudi 6 mars à 19h, il sera question de Nougaro l'amoureux du jazz à travers la compilation "Quand le jazz est là" qui réunit 23 chansons, adaptations des compositions des maîtres du jazz. Comme pour mieux comprendre en quoi la musique de jazz était sa prédestination. Son âme. 
« Je ressens en moi cette pulsation. Elle est le support le plus proche de mon récit » 

 

Tout au long de sa carrière, et ce dès la fin des années 50,  Claude Nougaro a su faire rouler son accent occitan avec les tambours du jazz, du blues, des musiques africaines et brésiliennes. Inspiré par le jazz il va utiliser ses codes, improvisations, libertés rythmiques, changements de tempo... Performer hors pair en studio comme en live, Nougaro maîtrisait les rythmes et le verbe. Il s'est entouré des grands musiciens du jazz en France (Maurice Vander, Ivan Jullien, Michel Legrand, Eddy Louiss, Bernard Lubat, Michel Portal, Pierre Michelot, Richard Galliano, André Ceccarelli...) ou d’ailleurs (Baden Powell, Kenny Werner, Ron Carter, Ornette Coleman, Marcus Miller, Trilok Gurtu...).  

 

« Par mes origines sarrasines, il y a certainement en moi une racine crépue. Sans cela je ne vois pas comment, à dix ans, perdu dans un faubourg de Toulouse, j’aurais été fidèle auditeur d’une émission de jazz plus ou moins clandestine », déclarait-il en 1985 avec lyrisme au magazine Jazz Hot en faisant allusion aux programme d’Hugues Panassié. « Alors là, le petit écolier que j’étais, avec ses croûtes et ses doigts tâchés d’encre, a commencé d’être pris d’une nostalgie mystérieuse, comme si mon pays, mon vrai pays venait de passer dans le ciel. Voilà la première image que je me suis faite du jazz : une soucoupe chantante, scintillante qui passe dans la nuit… et moi je la regarde comme dans Amarcord de Fellini, les pêcheurs, sur la mer, vont voir passer ce paquebot constellé de luxe qui traverse le mystère de l’existence. Le jazz pour moi, c’était le luxe de ma misère ».

 

Parmi la collection d'adaptations des grand standards du jazz américain on retrouve dans "Quand le jazz est là"; celles de Dave Brubeck ("Three To Got Ready" sur "Le jazz et la java"" et "Rondo A La Turk" sur "A bout de souffle"), de Quincy Jones ("For Lena and Lennie" sur "Mon disque d'été"), de Gerry Mulligan ("Jeru" sur "Le piano de mauvaise vie", Thelonious Monk ("Autour de minuit"), Dizzy Gillespie ("Con Alma" sur Hymne") ou Nat Adderley et Oscar Brown Jr ("Work Song" sur "Sing Sing Song") :  

 

Chez Nougaro le "Beauty and The Beast" devient un hymne à Edith Piaf qu'il a connu ("Comme une piaf"), le "Gravy Waltz" de Ray Brown et Steve Allen devient l'hymne à la femme "Les mains d'une femme dans la farine", le "Fever" d'Eddie Cooley immortalisé par Peggy Lee ou La Lupe se fait "Docteur" tandis que le géant "St Thomas" de Sonny Rollins, à l'origine basé sur une chanson traditionnelle pour enfant des îles Vierges, devient "A tes seins" :

 

En 1985, sa maison de disques Barclay ne renouvelle pas son contrat jugeant les résultats de l'album ""Bleu Blanc Blues" décevants. Très blessé Nougaro quitte Montmartre et s'exile à New York aves sa femme Hélène. Ils s'installent chez la veuve de Charles Mingus que claude connait pour avoir reçu le couple Mingus avant la mort du contrebassiste en 1979. Dans ses notes Nougaro déclarera que l'appartement était peuplé des fantomes de l'âge d'or du jazz, "sentinelles de l'Eternité, les deux contrebasses sous leur housse du roi Mingus". Il y écrit les premières paroles de son futur album "Nougayork" réalisé par Philippe Saisse et enregistré avec des musiciens américains (dont Marcus Miller, Mark Egan, Nile Rocgers de Chic) et français (Maurice Vander, Pierre Michelot, Francis Lassus). Le succès de l'album relancera la carrière de l'artiste et parmi ses 10 titres Nougaro va poser les paroles de "Harlem" sur le thème de Mingus "Fable of Faubus" : 

 

Malade depuis 1995 il prépare un album pour le label Blue Note Records, le disque intitulé La Note bleue sortira à titre posthume le 30 novembre 2004. Le batteur André Ceccarelli et le chanteur David Linx étaient de l'aventure. Accompagnés du contrebassiste Diego Imbert et du pianiste Pierre-Alain Goualch il rendent aujourd'hui hommage à l'esprit de Nougaro avec le projet "À NOUsGARO : Inédits et incontournables".
Le quartet sera en concert le 6 mars à 19h sur Fip en direct de Radio France.

A lire :

  • "Claude Nougaro" d'Hélène Nougaro (Flammarion)
  • "L'intégrale Nougaro - l'histoire de toutes ses chansons" par Laurent Balandras vient de paraître aux éditions de la Martinière. La grande et la petite histoire de 400 chansons de Claude Nougaro, recouvrant plus de 40 ans de carrière.

A voir :

l'excellent documentaire "Nougaro, à tombeau ouvert et à guichets fermés", film de Christophe Vindis et Christian Laborde (Antea Production).

 

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Par: Equipe Fip

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