Ginger Johnson aux sources de l'afrobeat

Le 12 mai 2015 par
Ginger Johnson aux sources de l'afrobeat
© Gavin Handley

Le label Freestyle Records réédite le 22 juin l'album "African Party" du percussionniste oublié Ginger Johnson et de ses African Messengers

C'est sans aucun doute l'un des grands oubliés de la musique africaine britannique, pourtant le percussionniste nigérian Ginger Johnson a grandement participé à l'extraordinaire bouillonnement créatif du Swinging London des années 60. Que ce soit dans la musique latine (avec  Edmundo Ros), le jazz (avec Ronnie Scott ou Quincy Jones) dans les années 50, puis les scènes rock et psyché (Hawkwind, Genesis, The Rolling Stones) ou la scène afro-funk, Ginger a apporté toute sa science des rythmes yorubas et caribéens. Son club et sa demeure ont été des véritables laboratoires musicaux avec des jam incessantes et Ginger Johnson est devenu le mentor de tous les musiciens africains et caribéens exilés à Londres. L'un d'entre eux était là pour ses études, il s'appelait Fela Ransome Kuti.

Le label Freestyle Records réédite pour la première fois l'album "African Party" de Ginger Johnson and his African Messengers enregistré en 1967; fusion magnique de highlife, musique afro-cubaine et rhythm 'n' blues et album précursseur de l'afrobeat.

Ginger Johnson and his African Messengers

George Folunsho "Ginger" Johnson est né à  Ijebu-Ode au Nigéria d'un père aux origines yoruba et d'une mère brésilienne. Il étudie très jeune les musiques africaines traditionnelles puis s'engage dans la marine avant de rejoindre l'armée anglaise en 1943. Installé à Londres après la guerre, il intègre l'orchestre jazz du saxophoniste Ronnie Scott avec qui il enregistre plusieurs albums. En 1950 il rejoint la formation latino Edmundo Ros Orchestra puis celles de Paul Adam and Harry Parry. Il enregistre en tant que leader plusieurs disques pour le label Melodisc dans les années 50, les premiers disques anglais de musique africaine.

Ginger Johnson devient dans les années 60 une référence, il participe en 1966 au premier Notting Hill Carnival (à l'époque Noting Hill Fair). Il fait évoluer sans cesse sa musique, ajoute des flûtes apportant une touche psyché à ses créations. C'est en mars 1967 que Ginger et son groupe African Messengers entrent dans les studio Sound Techniques, à Chelsea, pour enregistrer "African Party", mais la musique de Ginger Johnson se retrouve aussi sur la bande originale du James Bond "Vivre et laisser mourir", et il apparaît même à l'écran dans le film culte "She".

Le groupe a également collaboré avec des groupes de Rock tels que Hawkwind, Argent,Thunderclap Newman, Genesis et Little Free Rock, mais leur fait d'arme le plus marquant reste certainement leur participation au concert des Rolling Stones à Hyde Park, en 1969, prodiguant les percussions de l'incroyable version live de "Sympathy for the Devil".

La résidence londonienne de Ginger devient alors un centre de création musicale pour toute une communauté d'artistes, le percussionniste fait figure de mentor (il est surnommé "Father" par les musiciens). Le jeune Fela Ransome Kuti, plus intéressé par la musique que par ses études va s'inspirer du travail de son aîné. Il joue a l'époque du jazz et du highlife avec son groupe les Highlife Rakers avant les Koola Lobitos avec qui il rentrera au Nigéria avant de créér l'afrobeat en compagnie de Tony Allen.

Au-delà de la musique, Ginger était un activiste social, un éducateur musical, et un propriétaire de club : son Club Iroko, dans le nord de Londres, a accueilli des groupes comme Osibisa, Sun Ra, George Clinton and Funkadelic ou Cymande, dont trois des membres ont aiguisé leurs griffes dans le groupe de Ginger. Véritable bastion créatif le lieu était aussi fréquenté par tous les jazzmen de passage comme Art Blakey, Elvin Jones, and Roland Kirk. Dans les années 70 il monte le Iroko Country Club où l'on peut croiser et entendre Lennon & McCartney, Rod Stewart & the Small Faces, Pink Floyd, Thin Lizzy, Elton John & Kiki Dee, Osibisa, The Nice, Scaffold...Tombé malade lors d'un voyage à Lagos, Ginger Baker est mort quelques mois après laissant un héritage musical résumé dans les dix titres d'"African Party".

Tracklisting de l'album "African Party" :
-01. I Jool Omo
-02. Adura
-03. Witchdoctor
-04. Ire
-05. Talking Drum
-06. Lord Morocco
-07. A You Momma
-08. Watusi
-09. Alege
-10. Hi Life

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