Joey le Soldat, le rap au poing

Le 21 septembre 2017 par
Joey le Soldat, le rap au poing
Joey Le Soldat en 2017 | Photo : Florent Mazzoleni

Le MC burkinabé dévoile « Barka » vendredi, un troisième album opiniâtre à découvrir ici en écoute intégrale.

A quelle armée appartient donc Joey le Soldat ? A celle du rap ? A celle de la paix ? A celle de la fierté irréductible du peuple d’un des pays les plus pauvres de la planète ? Le rappeur n’a pourtant rien d’un guerrier, même si son flow grave et viril a parfois des allures d’artillerie lourde. Fils d’un militant indépendantiste et petit-fils de tirailleur, son histoire et celles qu’il chante sont intrinsèquement liées à ce « Pays des hommes intègres », le Burkina Faso, où il est né voilà 31 ans.

Fan du Wu-Tang Clan, montant ses propres soundsystems à ses débuts, Joey le Soldat perce en 2014 avec Burkin Bâ, un disque qui fusionne son rap forgé dans le son golden-age avec des arrangements modernes apportés par des beatmakers français. Repéré par les Trans Musicales de Rennes l’an dernier, son chant est lourd, porteur des douleurs nationales et des espoirs du quotidien, et mêle habilement le moré (langue véhiculaire du Burkina Faso) au français pour s’adresser à tous.

Avec son nouvel album Barka, Joey le Soldat semble forcer davantage encore la fusion de ses textes dans une production de plus en plus métissée. Son flow sans concession, parfois même monotone, reste certes le fil rouge de compositions qui célèbrent autant la jeunesse burkinabè pour la chute de Blaise Compaoré (Jeunesse) qu’elles ne distillent ses embrouilles quotidiennes (Zambfo).

Côté musique pourtant, Joey le Soldat surprend aujourd’hui en se risquant sur des ambiances sonores parfois très synthétiques, nourries de nappes et de samples comme ce Mam Sounri (In The Mood) digne des Congolais de Mbongwana Star. A l’inverse, De la Lutte qui libère se veut clairement tribal et puise largement dans les percussions africaines pour offrir à la voix du rappeur une silhouette quasi-primitive. A la manœuvre derrière la console, on retrouve les Français DJ Form et Redrum (producteur de Charles X) qui ont su apprivoiser avec doigté l’authenticité vocale de Joey le Soldat pour lui offrir de nouvelles armes musicales. Le combat peut continuer.
 

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