Kraftwerk en concert : 8 soirées pour 8 albums

Le 04 novembre 2014 par
Kraftwerk en concert : 8 soirées pour 8 albums
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Leur passage événement à Paris est l’occasion de se replonger dans la discographie du quatuor allemand Kraftwerk, unanimement reconnu comme LE groupe pionnier de la musique électronique bien que leurs morceaux débordent largement de ce cadre pour rayonner autant sur le rap que le rock.

Avec Kraftwerk, la musique électronique passe de la recherche scientifique en col blanc à la culture pop. Leurs productions entre 1974 et 1981 ont joué un rôle prépondérant dans l’émergence du rap, de la new wave et des musiques électroniques (techno, house, etc.).
 

Venus du rock progressif acoustique et improvisé avec le groupe de krautrock Organisation, les deux membres fondateurs Florian Schneider-Esleben et Ralf Hütter s’orientent rapidement vers des expérimentations d’avant-garde, totalement novatrices pour leur époque. Rebaptisé Kraftwerk (centrale électrique pour les non-germanophones), les savants fous de la grande région industrielle de la Ruhr se cherchent un style et enregistrent trois albums (Kraftwerk en 1970, Kraftwerk 2 en 1972 et Ralf & Florian en 1973). Ils intronisent l'esthétique industrielle et les thématiques modernes dans la musique des années 70.

 

 

Abandonnant progressivement les instruments traditionnels (guitare, basse, batterie), Ralf & Florian, temporairement en duo puis rejoint par Wolgang Flur et Karl Bartos, inventent le son du futur et s‘intéressent aux lignes de basses synthétiques et aux rythmiques électroniques. Une sonorité unique, à la fois froide et minimale mais en même temps riche d’un groove arithmétique. Autobahn sort en 1974, c’est leur premier album revendiqué (les trois précédents seront progressivement reniés). Kraftwerk développe un concept-album autour de la route, du transport en voiture, et étire le titre phare sur plus de 20 minutes.

 

 

Par la suite, album après album, Kraftwerk égrène les symboles de la modernité industrielle. La voiture sur Autobahn, la radioactivité sur Radio-Activity, le train sur Trans-Europe Express, les robots sur The Man-Machine et l’ordinateur sur Computer World. En phase avec leur époque, les quatre allemands révèlent la fascination de la société occidentale pour le progrès technologique autant que la crainte qu'il suscite. L'album Radio-activity en 1975 évoque la terrible puissance de l'atome.

 

 

Pour parvenir aux sons qu’ils recherchent, les musiciens se découvrent inventeurs, bricolent leurs propres machines et conçoivent de nouvelles façons de produire des sons. Pour Trans-Europe Express en 1977 ils réutilisent la musicalité lanscinante d’un train en marche pour servir de rythmique. Les séquences répétitives de mélodies savamment travaillées avec tout un arsenal de synthétiseurs dans leur studio Kling Klang à Düsseldorf, font définitivement entrer les tubes de Kraftwerk dans l’imaginaire collectif, et la culture pop ne s’en remettra jamais. Leurs morceaux seront samplés et réutilisés par des générations d'artistes, tous genres confondus.

 

 

En live, l’objectif avoué du collectif est de renouer avec le concept d’œuvre d’art total (Gesamtkunstwerk) développé par Walter Gropius et l’école du Bahaus dans les années 30. Ils étudient leurs costumes et leur univers graphique en référence au futurisme italien et à l'esthétique soviétique. Sur scène, ils accompagnent leur musique d'un show visuel d’images et de lumières. Après les premières tournées, leur studio se miniaturise et devient transportable donc utilisable sur scène. Les musiciens fusionnent avec leurs étranges équipements, les mouvements produisent des sons. Petit à petit les mouvements se font plus discrets, l’être humain disparaît au profit de la technique et les sons semblent être produit par des robots, mi-hommes mi-machines. C'est le thème de leur album de 1978 : The Man-Machine.

 

 

La musique de Kraftwerk est avant-gardiste mais pertinente. Elle résulte d’un processus de création réfléchi mais sans être élitiste ou prétentieuse. Au contraire, avec la musique technoïde de Kraftwerk, le public découvre les boucles rythmiques puissamment expressives et la danse synthétique qu’elles suggèrent. Les chiffres de vente durant la décennie ne démentent pas leur succès.

La carrière de Kraftwerk s’est considérablement ralentie depuis les années 80. Sans jamais avoir totalement baissé les bras, leurs productions se font rares et moins intéressantes (Electric Café en 1986). Le groupe recycle des vieux concepts (Tour de France en 2003), se remixe lui-même (The Mix en 1991), se compile (The Catalogue en 2004), s'enregistre en live (Minimum-Maximum en 2005).

 

 

Wolfgang Flur et Karl Bartos ont quitté le groupe depuis longtemps et les lives de Kraftwerk ne tournent plus que sur les grands succès des 70’s. Coup de grâce en 2008, Florian Schneider-Esleben, membre fondateur de Kraftwerk, part à son tour mais la machine continue à tourner sans lui.

Tout ceci n’enlève rien au génie du groupe le plus technologique de l’histoire de la musique et leurs prestations restent uniques. Pour vous en assurer, Kraftwerk sera en concert du 6 au 14 novembre 2014, à la Fondation Vuitton à Paris. Retour sur leur brillante carrière : un soir, un album.

Kraftwerk a influencé des artistes de tous horizons. Découvrez 8 exemples de groupes qui ont samplé un titre de Kraftwerk sur le site de RF8.

Pour tout savoir sur l’histoire et la discographie de Kraftwerk, nous vous conseillons la lecture de l’excellent ouvrage d’Eric Deshayes paru aux éditions Le Mot Et Le Reste.

Kraftwerk Deshayes

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