Le guitariste jazz Larry Coryell est mort

Le 22 février 2017 par
Le guitariste jazz Larry Coryell est mort
Larry Coryell en 1974 / Waring Abbott / Getty

Il fut l'un des grands architectes de la fusion jazz-rock, le virtuose Larry Coryell s'est éteint le 19 février à l'âge de 73 ans.

Lorsqu'il l'entendit dans un club de Greenwich Village, le trompettiste Clark Terry dit de lui "ce type est incroyable, il joue le blues comme personne d'autre", le guitariste était autant admiré par Jimi Hendrix ou Paco De Lucia que par les grands noms du jazz qu'il a côtoyé. Compositeur et improvisateur de haut vol, Larry Coryell trempait son jazz libre avec poésie dans la country, le rock, les musiques orientales, indiennes ou asiatiques. Virtuose éblouissant, l'artiste a révolutionné l’art de la guitare dans le jazz et fût l'artisan oublié du jazz fusion notamment à cause de ses addictions. Le "Parrain de la fusion" est mort dans la nuit du 19 février, il venait de donner deux concerts à l'Iridium, un club new-yorkais de jazz.

Né à Galveston au Texas en 1943, Larry Coryell a grandi à Richmond, où il a appris le piano avant de se tourner vers la guitare et le ukulélé. Il fait ses débuts dans des groupes de rock et de country et découvre à quinze ans le jazz en écoutant Johnny Smith, Tal Farlow ou Barney Kessel. Il s'installe à New York en 1965, et joue avec Charles Lloyd avant d'être engagé, à 23 ans, dans le quintet de Chico Hamilton. Il grave ainsi ses premiers enregistrements jazz sur l'album culte The Dealer sorti en 1966 sur le label d'avant-garde Impulse! Son art du mélange des styles est très vite remarqué, il fonde le groupe proto jazz-rock The Free Spirits qui ne sortira que l'album Out of Sight and Sound. Avide d'expérimentations, il rejoint le quartet du vibraphoniste Gary Burton avant de jouer avec des artistes comme Herbie Mann, Steve Marcus ou Mitch Mitchell puis de sortir ses deux premiers albums, Lady Coryell et Coryell?

Larry Coryell est à la pointe de l'extraordinaire bouillonnement créatif de cette période, pourtant ses addictions aux drogues vont lui faire manquer quelques grands rendez-vous avec l'histoire. Il décline l'invitation de Jimi Hendrix sur l'enregistrement de l'album Electric Ladyland, refuse de rejoindre Lifetime, la formation du batteur Tony Williams et est remplacé par John McLaughlin aussitôt repéré par Miles davis qui prépare son virage musical jazz-rock avec In a Silent Way et Bitches Brew. Chose incroyable Larry Coryell enregistre son troisième album Spaces en même temps que Bitches Brew et avec presque le même backing band : John McLaughlin, Chick Corea, Billy Cobham ou Miroslav Vitouš. Si Spaces est bien le premier album de jazz-fusion il sera éclipsé par l'oeuvre de Miles Davis. En 1978, Larry Coryell gravera des sessions incroyables dans les studios Columbia avec Davis.

Nous voulions être les leaders d’un mouvement combinant le jazz dans toute son intégrité, l’excitation du rock et les paillettes du funk. Larry Coryell

Après l'album Barefoot Boy en 1971, il multiplie les expériences avec Philip Catherine, Charles Mingus sur trois albums dont Three or Four Shades of Blues ou Sonny Rollins sur Don't Ask, ou plus tard avec Chet Baker. Larry Coryell. Avec son groupe The Eleventh House, créé en 1973, il participe à l'histoire du jazz fusion aux côtés de Weather Report, Return to Forever ou The Headhunters d'Herbie Hancock. Autre grand rendez-vous manqué avec la gloire, il fonde en 1979 le Guitar Trio avec ses amis John McLaughlin et Paco de Lucia mais ses démons l'obligent à laisser la place au guitariste de Return to Forever Al Di Meola, il connaîtra pas l'immense succès du trio avec l'album live Friday Night in San Francisco sorti en 1981.

Larry Coryell a continué de jouer sur les scènes du monde entier, d'enregistrer avec les plus grands et de sortir des albums merveilleux dont le dernier en date Barefoot Man: Sanpaku sorti en octobre dernier. Comme Hendrix, il a libéré la guitare de ses carcans et en a renouvelé le langage. Sa musique a été samplé par des artistes comme les troublemakers, DJ Shadow, Cornershop ou J Dilla.  

A lire : son autobiographie Improvising : My Life in Music (2007)

Commentaires