Le jazz de Zara McFarlane prend le large

Le 01 septembre 2017 par
Le jazz de Zara McFarlane prend le large
Zara McFarlane lorgne vers l'ouest | Adama Jalloh

La chanteuse londonienne sort ce mois-ci un nouvel album qui explore l’héritage musical jamaïcain.

C’est par sa voix que s’est faite connaitre Zara McFarlane. Une voix suave et lumineuse, qui a bien souvent pris l’avantage sur la musique dans les compositions publiées par cette chanteuse-née. Pétri au début des années 2010 dans l’incubateur londonien Tomorrow's Warrior, le jazz de Zara McFarlane s’est progressivement ouvert au fil du temps : soul, groove, vintage, voire acide à l’image de son parrain et découvreur Gilles Peterson. Mais son fil rouge à elle, c’est bien ce timbre magnifique qu’elle a érigé en véritable instrument sur ses deux premiers disques, jusqu’à faire oublier les brillants musiciens qui pourtant l’accompagnent, Leron Thomas et Moses Boyd pour ne citer qu’eux.

Née à Londres de parents jamaïcains, Zara McFarlane n’a jamais caché l’influence diffuse qu’a eu le legs immense de son deuxième pays sur sa musique. Sur son second album If You Know Her publié en 2014, la chanteuse dévoilait ainsi une reprise confondante du Police & Thieves original de Junior Mervin (popularisé plus tard par les Clash). Musicalement pourtant, les références caribéennes sont demeurées jusqu’à présent subtiles, comme si le temps n’était pas encore venu pour cette jeune trentenaire d’infuser sa production dans un héritage plus ancien.

Au milieu d’un nouveau jazz londonien en pleine ébullition, Zara McFarlane passe donc un cap ce mois-ci avec Arise, son troisième album attendu le 29 septembre sur le label Brownswood. Guidé par les envies d’ailleurs d’un Moses Boyd prolifique, ce nouveau projet explore les variations du reggae, du calypso, et plus largement de rythmes caribéens autour desquels s’enroule presque instinctivement la voix de Zara McFarlane. Ode to Kumina, Riddim, In Between Worlds, ou encore une reprise du Fisherman des Congos, le tracklisting d’Arise assume cette échappée belle qui place effectivement la chanteuse « entre deux mondes », dans une oscillation entre jazz et tradition lointaine.

Premier extrait dévoilé au creux de l’été, Fussin' and Fightin' cultive explicitement une veine reggae où Zara McFarlane se découvre particulièrement à l'aise. Avec Pride publié cette semaine, le jazz reprend ses droits dans un titre où la maitrise vocale de la chanteuse s’efface en seconde partie devant le saxophone de Binker Golding et la batterie de Moses Boyd. Autre invité de choix crédité sur Arise, le talentueux saxophoniste Shabaka Hutchings qui donne de la clarinette (!) sur au moins l’un des titres du disque. Autant de bonnes fées pour un projet qui sous les dehors d'un crossover thématique, prend pour Zara McFarlane les allures d’une rencontre quasi introspective avec des racines aussi personnelles que musicales.

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