Le label Blue Note, 75 ans de jazz

Le 14 novembre 2014 par
Le label Blue Note, 75 ans de jazz
Max Roach © Francis Wolff / Blue Note

Le label Blue Note, la référence en jazz qui a traversé les âges, fête cette année ses 75 ans. L’occasion de se replonger dans les albums et artistes qui ont marqué son histoire.

L’histoire de Blue Note Records, c’est d’abord celle d’Alfred Lion, juif allemand, ayant émigré aux Etats-Unis lors du déclenchement de la seconde guerre mondiale, au moment de ses 18 ans, pour rejoindre New York, « la source du jazz ». Plus jeune, Alfred Lion était déjà un passionné de musique : à l’âge de sept ans il se cachait derrière des orchestres de swing pour se trouver au cœur des percussions. Lorsqu’il arrive sur le continent américain, il s’associe à l’écrivain Max Margulis, qui finança le label à ses débuts en 1939, mais qui le quitta au cours des années 1940. C’est alors Francis Wolff, photographe, et ami allemand d’Alfred Lion, qui rejoint l’aventure Blue Note pour les années à venir.

Alphred Lion (à gauche) et Francis Wolff (à droite)

Alfred Lion (à gauche) et Francis Wolff (à droite) © Francis Wolff / Blue Note

D’un côté, Alfred Lion s’occupait de sélectionner les artistes. De l’autre, Francis Wolff réalisait les photographies des musiciens qui passaient en studio pour les pochettes de disques. Les deux amis furent rejoints par le graphiste Reid Miles à partir de 1956, qui contribua également à fixer l'identité visuelle de Blue Note. Et de 1952 à la fin des années 1970, c’est l’ingénieur de son Rudy Van Gelder qui enregistra presque tous les albums du label.

Art Blakey

Art Blakey © Francis Wolff / Blue Note

Lion et Wolff vont accompagner les évolutions du jazz. Traditionnel, puis bop, hard bop, et free dans les années 1960, ils se dirigent vers des ambiances soul et pop à l'aube des années 1970.

A l’origine, le label avait pour vocation de « servir les plus pures expressions du hot jazz ou du swing ». Les deux amis, Alfred Lion et Francis Wolff, ne gravaient que ce qu’ils aimaient, et privilégiaient la qualité à la quantité. Ils enregistrèrent les plus grands : Sidney Bechet, Mead « Lux » Lewis, Miles Davis, John Coltrane, Wayne Shorter…  et leur slogan incarne parfaitement l’image que Blue Note laissera dans l’histoire : « The Finest in Jazz Since 1939 ».

Sidney Bechet

Sidney Bechet © Francis Wolff / Blue Note

Pour passer dans Blue Note, il fallait surtout avoir le sens du swing ou du groove, et rester dans un certain esprit du blues. Comme l’illustre d’ailleurs le nom même du label, puisque la « Blue Note », la note bleue, est celle qui est jouée avec un léger abaissement, et qui donne toute sa couleur musicale au blues, et qui fut reprise plus tard en jazz.

Clifford Brown

Clifford Brown © Francis Wolff / Blue Note

Blue Note a enregistré presque tous les jazzmen importants de l'après-guerre, et notamment plusieurs « classiques » de Clifford Brown, Miles Davis, Lou Donaldson, Dexter Gordon, Johnny Griffin, Herbie Hancock, Freddie Hubbard, Grant Green, Jay Jay Johnson, Jackie McLean, Thelonious Monk, Lee Morgan, Bud Powell, Max Roach, Sonny Rollins ou Wayne Shorter.

Herbie Hancock

Herbie Hancock © Francis Wolff / Blue Note

Dans les années 1950 et 1960, le label avait comme particularité de financer les répétitions des musiciens avant les enregistrements. Cela explique en partie la richesse de son catalogue, et le caractère distinctif de ce que l’on nomme le « son Blue Note ». Ce son, marqué par la cohésion constante du jeu des musiciens, s’éloigne de celui des « jam sessions » impromptues qui étaient presque la norme sur disque à l’époque.

Thelonious Monk

Thelonious Monk © Francis Wolff / Blue Note

Le label connaît quelques difficultés au début des années 70, avec la retraite d’Alfred Lion en 1967 et le décès de Francis Wolff en 1971. Il est dissout en 1981, mais réssuscité en 1984, lorsque Bruce Lundvall en reprend les rennes et confie le travail de réédition des archives à Michael Cuscuna. Dans la seconde moitié des années 1980, d'anciens artistes reviennent chez Blue Note, et de jeunes artistes prometteurs rejoignent le label, ce qui relance ses activités.

Les artistes français ont également fini par être représentés dans le catalogue Blue Note, notamment Claude Nougaro, à l'occasion de son disque posthume La Note Bleue, sorti en septembre 2004.

Aujourd’hui, le label Blue Note n’a pas échappé à la crise structurelle qui touche l’industrie musicale. Cependant le label a su se renouveler, et met en avant des chanteuses comme Cassandra Wilson ou Norah Jones. Il n'hésite pas non plus à élargir son répertoire en signant des artistes soul ou folk à l'instar de Amos Lee, Raul Midón, Keren Ann, le rappeur Oxmo Puccino ou encore le producteur de house St Germain. Si Swing, créé en France en 1937 par Charles Delaunay et Hugues Panassié fut le premier label entièrement consacré au jazz, Blue Note Records est le plus ancien toujours en activité.

Le label a également su faire preuve de modernité : en 2012, il lançait une application sur Spotify, permettant à tous de redécouvrir l’ensemble de la discographie produite par le label. Walter Gross, qui a chapeauté le développement de l’appli, témoignait ainsi dans le magazine américain Rolling Stone : «Les gens me disent souvent : "j’ai envie de découvrir le jazz, par où dois-je commencer ?" je souhaitais que cette application apporte une réponse à ces personnes, tout en satisfaisant les vrais fans de jazz». Mission accomplie, avec près de cinq cents albums disponibles à l’écoute grâce à l’interface numérique développée.

Richard Havers, auteur de Blue note - Le meilleur du jazz depuis 1939, met en lumière dans son livre le contexte de création de 75 albums majeurs. Il donne aussi la parole à tous ceux, artistes, producteurs, critiques, pour qui Blue Note continue de jouer aujourd'hui un rôle capital. Dans cette vidéo (en anglais), il revient sur quelques-uns de ces albums.

Fip a récemment rendu hommage au label légendaire, avec une série de 15 créations originales : 15 cadavres exquis musicaux, littéraires et photographiques, 15 exercices de création sous contrainte qui jouent des affinités électives entre jazz, texte et image. Fip est également partenaire du Blue Note Xperia Lounge Festival, du 18 au 23 novembre 2014.

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