Le siècle de Christian Scott

Le 20 juin 2017 par
Le siècle de Christian Scott
Christian Scott les yeux tournés vers l’avenir | DR

Le surdoué de la Nouvelle-Orléans célèbre les 100 ans du jazz à travers une trilogie céleste et transgressive.

Jusqu’où ira Christian Scott ? Nul doute qu’à 33 ans, le trompettiste américain voit loin, très loin. Il semble même, au fil de ses disques, de plus en plus résolu à réécrire les règles du jazz à coup d’hybridation, d’avant-garde, et de fulgurances exploratoires. En cette année qui célèbre le centenaire du genre, l’Histoire a fourni à Scott un contrepied idéal pour poursuivre son œuvre titanesque à rebours de la tradition.

Le natif de La Nouvelle-Orléans a ainsi choisi cet anniversaire glorieux pour publier trois nouveaux albums et tenter de franchir d'un seul coup une étape décisive dans sa quête d’un jazz élastique. Une Centennial Trilogy tout sauf commémorative pour ce virtuose, qui met sa popularité au service de sa téméraire réinvention. Trois disques vecteurs de l’avenir de cette « stretch music » imaginée par Scott dans le creuset de sa génération bouillonnante, et qu’il a fini par baptiser ainsi dans un album manifeste publié en 2015.

L’innovation n’est pas une fin en soi pour Scott. Celui qui fait concevoir des cors hybrides et se crédite désormais lui-même « architecte sonore » a trouvé dans ses instruments mutants un moyen symbolique de passer les frontières. Car des frontières, il en est bien question dans le nouvel opus que le trompettiste dévoile cette semaine.

Après Ruler Rebel, un premier volet publié en mars revendiquant des influences trap et intégrant plusieurs remixes, Christian Scott prépare aujourd’hui la sortie de Diaspora, second étage de cette ambitieuse Centennial Trilogy. Comme sur Strech Music, c’est avec sa complice de longue date la flûtiste Elena Pinderhugues que s’ouvre ce nouvel album, une virtuose elle aussi qui offre un solo magnifique au titre introductif, lui conférant d’emblée une ambiance stratosphérique.

Christian Scott

Des invités talentueux, ce Diaspora en est plein. Du saxophoniste de D.C. Braxton Cook au pianiste Lawrence Fields, sans oublier la chanteuse Sarah Elizabeth Charles qui offre un refrain plein de ferveur au titre final - et unique chanté du disque (dommage !). Christian Scott envisage finalement le jazz comme une œuvre collective qui dépasse de loin son enveloppe artistique. The Centennial Trilogy est le regard élargi que le New-yorkais porte sur le jazz, une vision militante, politique et sociale qu’il perçoit dans cette musique chargée d'une longue histoire humaine.

Rassembler les genres, « étirer » le jazz en le truffant de hip hop, de funk ou d’electro découle de la même ambition pour ce fan de Kendrick Lamar. Celle de s’affranchir des barrières, des règles et des différences économiques, sociales et raciales du vieux monde. Un idéal dont il offrira le nom en septembre prochain au titre du troisième et ultime volet de cette trilogie contemporaine : Emancipation.

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