Michael Bloomfield le premier guitar hero américain

Le 11 mars 2014 par
Michael Bloomfield le premier guitar hero américain
Michael Bloomfield en 1968 à New York © Bob Cato / Sony Legacy

Fip revient sur la carrière de Michael Bloomfield , le plus grand des bluesmen blancs

Respecté par les plus grands, Muddy Waters, B.B. King, Miles Davis ou Eric Clapton, Michael Bloomfield a influencé des générations de guitaristes blues, rock ou jazz. Pourtant qui se souvient encore du nom du guitariste des sessions de l'album "Highway 61 revisited" de Bob Dylan, du fondateur d'Electric Flag ou de de l'auteur de "Super Session" avec Al Kooper et Stephen Stills ? Sony Legacy sort le coffret "Michael Bloomfield - From His Head to His Heart to His Hands", trois cd bourrés de raretés, sessions acoustiques et live ainsi qu'un dvd du documentaire inédit "Sweet Blues : A Film About Mike Bloomfield". L'occasion pour Fip de revenir sur la carrière et l'influence du plus grand bluesman blanc trop tôt disparu à l’âge de 37 ans le 15 février 1981.

 

Mike Bloomfield et Muddy Waters

Mike Bloomfield et Muddy Waters © DR

 

Né le 28 juillet 1943, Michael Bernard Bloomfield dit Mike Bloomfield a grandi dans une famille aisée de Chicago. Elève difficile, d'une sensibilité à fleur de peau, le jeune Mike écoute le blues, la soul et le rock à la radio. Il trouve sa voie lorsqu'on lui offre une guitare qu'il étudie avec obsession. Au bout de deux ans il fréquente les clubs de blues du South Side et chose rare, il est adopté par les grands bluesmen de Chicago comme Muddy Waters himself. C'est avec les légendes du blues qu'il va appréhender cette musique comme nul autre artiste blanc de l'époque. Le début des années 60 est aussi celui de l'avènement du rock, du country blues et bien sûr du folk que Bloomfield va jouer à ses débuts. Une période où Mike va rencontrer Elvin Bishop, Nick Gravenites, Mark Naftalin ou Paul Butterfield. Il commence a jouer dans les clubs et à enregistrer avec bon nombre d'artistes comme le légendaire Big Joe Williams.  

 

Mike Bloomfield 1965

Mike Bloomfield 1965 © Sony / Legacy

 

Il part à New York en 1964 avec son ami Charlie Musselwhite et rencontre le guitariste et chanteur blues John Hammond fils d'un imprésario de la maison Columbia. Il enregistre avec ce dernier mais au piano trop intimidé par les autres guitaristes présents. De retour à Chicago il monte The Group. Instable et peu enclin à la vie de groupe, ce qui durera jusqu'à sa mort, il rejoint The Paul Butterfield Blues Band, groupe de blues électrique formé par l'harmoniciste et compositeur Paul Butterfield, avec qui il enregistre dès 1964 chez Elektra Records. En juin 1965 Bob Dylan, avec qui il avait joué en 1963, l'invite à participer à l'enregistrement de "Highway 61 Revisited" notamment sur le titre "Like A Rolling Stone".  Al Kooper ne peut rivaliser avec la technique de Bloomfield à la guitare et bien que ne sachant pas jouer de l'instrument il s'improvise organiste sur le titre. Bob Dylan est admiratif du son de Mike et après un concert électrique très contreversé au festival folk de Newport, il lui propose de continuer l'aventure avec lui.

 

Albums Paul Butterfield Blues Band & Bob Dylan

Albums Paul Butterfield Blues Band & Bob Dylan © DR

 

Jeune homme instable, envahi de complexes, il refuse et part en tournée avec le Paul Butterfield Blues Band ("backing band" de Bob Dylan). L'Amérique découvre alors le blues joué à Chicago et le groupe enregistre l'album "East-West" en 1966, fusion de blues électrique et de jazz. Mike Bloomfield s'intéresse alors au jazz et surtout à la musique de John Coltrane. Le titre "East-West" qui dure 13 mn est en partie improvisé et influencé par la musique indienne. Fatigué du leadership de Paul Butterfield, Mike quitte le groupe après cet album.

 

The Electric Flag

The Electric Flag © DR

 

Depuis son enfance Mike Bloomfield est inspiré par la musique noire américaine, le blues et le jazz bien sûr mais aussi le rhythm and blues et la soul de Stax. Des musiques qu'il va associer en fondant en 1967 le groupe American Music Band rapidement renommé Electric Flag. Mike, Barry Goldberg, Harvey Brooks, Nick Gravenites, le batteur Buddy Miles et les autres s'intallent à San Francisco et enregistrent la bande originale du film "The Trip" de Peter Fonda et Jack Nicholson. Le groupe fait ses débuts sur scène au Monterey Pop Festival, où Buddy Miles rencontre son futur leader Jimi Hendrix. L'histoire veut que lorsque Bloomfield vit pour la première fois Hendrix jouer il ne toucha plus à sa guitare pendant plusieurs jours. Electric Flag sort son deuxième album "A Long Time Comin'" en 1968 mais les tensions et divers abus signent la fin précoce de l'aventure.    

 

Al Kooper et Mike Bloomfield sur "Super Session"

Al Kooper et Mike Bloomfield sur "Super Session" © DR

 

La même année en mai, à l'intitiative de son ami Al Kooper, Mike Bloomfield commence l'enregistrement de sessions qui resteront dans les annales; le disque "Super Session". Kooper a réservé deux jours de studio et la première journée le duo grave cinq titres improvisés et incroyables allant du sweet blues merveilleux et authentique, au jazz modal de "His Holy Modal Majesty" en passant par la pop psychédélique. Malheureusement comme souvent ses démons ne sont pas loin et Mike est absent le deuxième jour. Al Kooper fait appel en urgence à Stephen Stills (Buffalo Springfield, Crosby, Stills & Nash) qui enregistre quatre nouveaux titres dont une version stupéfiante de "Season of the Witch" de onze minutes. 

 

Albums de Mike Bloomfield

Albums de Mike Bloomfield © DR

 

En 1969 sort "The Live Adventures of Mike Bloomfield and Al Kooper" enregistré au Fillmore West de San Francisco ; Carlos Santana joue de la guitare sur "Sonny Boy Williamson" et Elvin Bishop sur "No More Lonely Nights". La même année sort "Fillmore East: The Lost Concert Tapes 12/13/68" où on peut entendre le jeune guitariste Johnny Winter. Après un album avec son ami le chanteur Nick Gravenites "My Labors", il grave "Triumvirate" avec Dr John et John Paul Hammond. Mike continue sur le chemin du sweet blues jusqu'au 15 février 1981 où il est retrouvé mort dans sa voiture à San Francisco, très certainement à cause d'une overdose d'héroïne.

"when he plays for blacks, his shit comes out black, and that if one put (Bloomfield) with James Brown, he'd be a motherfucker" Miles Davis

Michael Bloomfield a consacré sa vie au blues, vivait, était le blues comme il l'explique, avec le grand Son House dans cette vidéo :

 

Bob Dylan et Michael Bloomfield - Studios Columbia 1965

Bob Dylan et Michael Bloomfield - Studios Columbia 1965 © Sony / Legacy

 

Écoutez le coffret "Michael Bloomfield - From His Head to His Heart to His Hands" dans son intégralité :

Coffret réalisé par Al Koober

Coffret réalisé par Al Koober © Sony / Legacy

 

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