Ornette Coleman, décès d’un homme libre

Le 11 juin 2015 par
Ornette Coleman, décès d’un homme libre
Ornette Coleman @ Moers Festival 2011

Il était reconnu comme un des précurseurs du free jazz et une des dernières légendes de l’âge d’or du jazz. Le saxophoniste Ornette Coleman est décédé à 85 ans.

Originaire du Texas, Ornette Coleman étudie le saxophone alto et ténor et approndit la théorie musicale à Los Angeles dans les années 50. Cette théorie, il passera sa vie à la remettre en question, à en redéfinir la grammaire, avec une liberté avant-gardiste qui semble ne pas avoir de limite.

Il élaborera son propre style, reprenant là où Charlie Parker s’était arrêté. Avant le début de la décennie suivante, il fera voler en éclat l’harmonie et la rythmique et proposera un nouveau courant musical, en phase avec les changements sociaux de son époque et la volonté d’émancipation de la communauté afro-américaine.

En 1958, il enregistre son premier album "Something else! The Music Of Ornette Coleman" avec son fidèle compagnon Don Cherry à la trompette, Walter Norris au piano, Don Payne à la contrebasse et Billy Higgins à la batterie. L’année suivante il persiste et signe avec "Tomorrow is the question !" en quartet toujours avec Don Cherry. Red Mitchell les accompagne à la contrebasse et Shelly Manne à la batterie.

Ces 2 albums annoncent la révolution musicale en marche. Les réactions peuvent être aussi virulentes que la proposition est audacieuse. Coleman, toujours appuyé par Don Cherry déclinera son style sur ses 3 albums suivants, parus également en 1959.

1960, Ornette Coleman marque la décennie à suivre (et l’histoire du jazz) avec son album "Free Jazz : A Collective Improvisation". Un manifeste libertaire déroutant dont le nom sera synonyme de tout un mouvement : le Free Jazz. Le concept est d’enregistrer deux sessions improvisées par deux quartets (un sur chaque canal stéréo) : Don Cherry et Freddie Hubbard sont à la trompette, Ornette lui-même et Eric Dolphy au saxophone, Scott LaFaro et Charlie Haden à la contrebasse, Billy Higgins et Ed Blackwell à la batterie. C'est le premier et le plus emblématique exemple d'improvisation collective dans le jazz d'avant-garde.

Une claque. Frôlant l'atonalité, se délestant des contraintes de tempo, des changements d’accord préétablis, le résultat paraît dissonant voire scandaleusement inaudible pour certain.

Peut-être Coleman était-il un peu provocateur mais sa démarche n’était pas de choquer pour choquer, l’habile instrumentiste souhaite dynamiter les codes et les archétypes du jazz. En redonnant toute son importance à l’improvisation collective, il cherche à revenir à la source du jazz primordial. Son approche délibérément expérimentale est aussi résolument sociale.

Le free jazz participe à la libération culturelle profonde des noirs américains. En marge de la musique occidentale, le mouvement s’affirme comme une réappropriation du jazz par les noirs américains mais sans ségrégation. Chez Coleman (contrairement à d’autres musiciens contemporains plus virulents et radicaux) c’est la musique qui prévaut. Le contrebassiste de son quartet, Charlie Haden, était d’ailleurs blanc.

Le reste de sa carrière sera dédiée à l’exploration musicale et à la recherche de concepts comme celui d’harmolodie qui consiste à faire jouer par plusieurs musiciens la même mélodie à des hauteurs et tonalités différentes. De tâtonnement en tâtonnement, de recherche en recherche, Ornette Coleman traverse les décennies discrètement. Pas de tube ou de titre-phare que le grand public pourrait chantonner mais une influence sur les générations suivantes incontestable que ce soit sur le jazz, le funk, le rock psychédélique et tous les artistes des années 60 et 70 qui souhaitent s’émanciper de toutes contraintes stylistiques.

Avant lui, très peu d'artistes ne s’était autorisé une telle liberté créatrice sur album, rarement un interprète n’avait poussé aussi loin la spontanéité, l'improvisation et la liberté d'interprétation. 

Ornette Coleman a publié une quarantaine d’albums tout au long de sa carrière sans véritable discontinuité jusqu’à la fin des années 90. Sa production s’est alors arrêtée et il n’enregistrera plus qu’une collaboration avec Lou Reed en 2003 sur l’album "The raven" et un dernier album en 2006, "Sound Grammar ". Il continuera à se produire occasionnellement en concerts.

Le saxophoniste de l’avant-garde la plus extrême est décédé le 11 juin 2015 à New-York à l’âge de 85 ans.

Ornette Coleman @ Moers Festival 2011

 
 

Commentaires