Thievery Corporation aux sources du dub

Le 10 février 2017 par
Thievery Corporation aux sources du dub
Eric Hilton + Rob Garza = Thievery Corporation | Photo : Jen Maler

Les vétérans du trip-hop downtempo dévoilent aujourd’hui un 10e album pétri de groove jamaïcain, à écouter en intégralité.

C’était il y a 20 ans : deux producteurs de Washington surgissaient en pleine vague chill-out avec un album d’electronica inclassable, un amalgame d’acid-jazz, de bossa et de trip-hop où la voix de Bebel Gilberto témoignait d’un tropisme marqué pour la musique brésilienne. Si les ingrédients de Sounds from the Thievery Hi-Fi n’avaient en soi rien de révolutionnaire en 1997, le flair et le mixage millimétré de Rob Garza et Eric Hilton donnaient déjà au premier disque de Thievery Corporation un parfum d’excellence. Avec The Mirror Conspiracy et son imparable Lebanese Blonde, les deux Américains s'imposaient trois ans plus tard comme les meilleurs ambassadeurs d’un trip-hop relax et composite, témoins d’une époque où les étiquettes musicales s’effondraient et survolant de très haut l’essor d’une lounge-music sans saveur ni ambition.

Le dub est l’un des cœurs de la musique de Thievery Corporation. A Warning (Dub), titre introductif de leur premier disque contenait déjà les pierres angulaires de nombre de leurs productions suivantes. Rien de bien étonnant donc dans le parti pris du duo de teinter leur dixième album The Temple of I & I des sources jamaïcaines de cette variation historique du reggae, et d’inviter au micro quelques spécialistes du genre. Un disque qui célèbre la puissance d’une musique mais aussi d’une culture qui a durablement influencé le travail et l'esprit de Garza et Hilton depuis 25 ans. Les titres invitant le toaster américain Notch (True Sons Of Zion, Weapons Of Distraction, Drop Your Gun) sont certainement les plus marqués de ce point de vue, Strike The Root évoquant même étrangement le thème de la Force composé par John Williams.

Sur Fight To Survive, le rappeur américain Mr. Lif offre au disque un détour hip hop bienvenu et rappelle que Thievery Corporation est aussi un véritable collectif. On retrouve ainsi avec joie sur ce disque la fidèle Loulou Ghelichkhani. Américaine et francophone, la chanteuse envoûte depuis longtemps de sa voix lascive les compositions du groupe et relève sur ce nouveau disque l’inquiétant titre Time + Space. Habituée du trip-hop, la Californienne Shana Halligan (également sollicitée par Nouvelle Vague) est également de la partie sur le paisible Love Has No Heart, un titre onctueux qui rappelle immédiatement la signature sonore traditionnelle du groupe.

Car au final, The Temple Of I & I n’est peut-être qu’une nouvelle variation, la facette la plus jamaïcaine d’un projet sonore très homogène depuis 20 ans. Engagé sur le plan politique, Thievery Corporation n’ambitionne pas de révolution dans sa propre musique et séduit avec constance ceux qui ont été conquis par leurs premiers disques. Une production de grande valeur, des voix magnifiques, et un groove électronique qui emprunte autant aux Caraïbes qu’à l’Amérique du Sud ont finalement forgé ses succès sans à-coup ou rupture notable. Pourquoi s’en plaindre ?
 

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The Temple Of I & I est sorti le 10 février sur le label ESL Music.

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