Tinariwen à Joshua Tree: voyage dans le desert rock

Le 18 janvier 2014 par

D’ici la sortie d'"Emmar" de Tinariwen Fip vous propose une plongée dans le rock du désert celui qui est forgé entre la Sky Valley, le studio rancho de la Luna, palm Springs et Joshua tree.

Le nouvel album de Tinariwen sera sélection FIP au mois de février prochain. Mais pour cause d’instabilité politique dans la région, le groupe a quitté le Sahara et le Mali pour le désert californien et le parc naturel du Joshua Tree.

Tinariwen/Joshua Tree

Tinariwen/Joshua Tree © MARIE PLANEILLE

 

D’ici la sortie de l’album, Fip vous propose une plongée dans le rock du désert celui qui est forgé entre la Sky Valley, le studio Rancho de la Luna, Palm Springs et Joshua Tree évidemment.

EDIT DU 18/01/2014: Découvrez la nouvelle vidéo de Tinariwen: Imidiwan Ahi Sigdim

Bienvenue à Joshua Tree.

Comme une chasse au trésor, la carte où l’on retrouve :

La maison du colonel (l’endroit ou Tinariwen a enregistré avec Bill Rahmy le tour manager de QOTSA  proche de Josh Homme et de Jack White)

  • A quelques centaines de mètres se trouvent le studio des rockers du desert: « Le Rancho De La Luna ».
  • Entre les deux pour se ravitailler, c’est le point burger.
  • Ces terres arides ne sauraient être un peu magiques ou hantées sans leur fantôme, c’est le Joshua Tree Inn où Gram Parsons est mort.

 

Les invités:

Délaissant le côté acoustique Tinariwen se lance dans une transe qui se construit à grand coups d’éléctricité et pour continuer son odyssée hypnotique embarque à son bord pas moins que Saul Williams, Josh Klinghoffer (le guitariste des Red Hot Chili Peppers qui succéda à John Frusciante), Fats Kaplin, Matt Sweeney (ici avec Bonnie 'Prince' Billy) ou encore Vance Powell.

 

Emmar est l’invitation à danser faite aux fantômes du rock déjanté et au folk cabossé de la région.

Au contraire par exemple d’un Bombino qui enregistre avec Dan Auerbach des Black Keys à Nashville ville mythique pour ses labels et ses artistes,  le son de la sky valley est né du vide, le désert californien est simplement plus chargé en coyotes et crotales qu’en grammys et disques d’or. 

 

Une image frappante vient dès que l’on visionne le dernier clip de Tinariwen : « Toumast Tincha » où a-t-il été tournée ? Au Sahara ? Non il s’agit bien de cette partie de la Californie au bout du monde habitable, un no mans land où les routes – si on peut encore les appeler comme ça – disparaissent où les maisons ressemblent à de vagues cabanes, ce ne sont pas des mobiles homes mais des trailers park.

Ce clip est un long plan séquence un travelling désertique, pendant contemplatif et moins brut du clip originel qui mettait dans l’ambiance poussiéreuse la green machine de Kyuss, on y reviendra. Le point commun entre la tribu malienne et les stoners est ici soniquement flagrant alliant  blues et reverb naturelle.

Le Fantôme

 

Une histoire entre The Big Lebowski, GTA V, Sons of Anarchy et Breaking Bad, ou les hippys fans de hard rock et vendeurs de crystal meth vivent ici au bout du monde.

Quand Gram Parsons meurt d’une overdose, son corps est récupéré par deux de ses amis qui souhaitaient honorer sa dernière volonté : brûler son corps à Joshua Tree. Une fois la dépouille transportée au milieu du parc, ils ouvrent le cercueil, vident 20 litres d’essence et allume le brasier. L’essence  explose et crée une énorme boule de feu qui alerta la police. Crémation ratée, le corps avait à peine pris... Depuis ce jour, la chambre 8 du Joshua Tree Inn est restée intact, la légende veut qu’elle soit hantée par le fantôme de l’ex Byrds.

 

Du blues pour un soleil rouge

Si il y’en a un qui peut expliquer la vie à Joshua Tree c’est bien Josh Homme :

« Il y a un noyau de gens très riches, acteurs, producteurs, magnats de l'industrie, dotés de villas exceptionnelles et capables d'installer des golfs en plein désert. Autour, vivent les gens qui travaillent plus ou moins pour ces nantis. Plus excentrée, une dernière catégorie subsiste en volant les riches et en produisant des amphétamines dans des labos qui explosent régulièrement. »

Un endroit plutôt paumé qui a enfanté dès la fin des années 80 une scène où peyotl et generator party (fêtes improvisées au milieu du désert ou faute d’électricité les instruments sont branchés sur générateurs ou sur les batteries des véhicules) font bon ménages.

Aucun groupe ne tourne vraiment là-bas et les kids rednecks noient leur ennui en tirant à la carabine sur les panneaux des routes délabrées autant qu’ils consomment tout ce qui est à peu près illégal.

De cet apathie surgissent des ados fans de donjons et dragons, s’appropriant les codes du punk hardcore et y injectent une bonne dose de lourdeur le tout noyé de blues : « Sons of Kyuss » était né.

C’est sous la houlette du producteur Chris Goss et de leur second album « Bleus for the red sun » que le groupe emmené par un Josh Homme (pré-QOTSA) éclatera à la face du monde. Green machine : machine infernale et démoniaque regroupe 3 monuments : Brant Bjork, Josh Homme et John Garcia.(le bassiste Nick Oliveri étant remplacé par Scott Reeder)

 

Kyuss étant le point de départ, les groupes fonctionnent comme des micros tribus avec musiciens interchangeables.

Impossible de ne pas mentionner alors Slo Burn né sur les cendres de Kyuss et coupable d’un EP 4 titres "Amuzing the Amazing" et d’une démo rarissime dont voici un extrait ci-dessous :

 

Autre régionaux de l’étape, la fratrie Lalli, Mario et Fred aux commandes de Yawning Man, les petits frères psychédéliques de Kyuss, qui jouit d’un statut culte depuis que le groupe a repris Catamaran sur son disque chant du signe au titre prémonitoire « …and the circus leave town »

 

Eathlings ou encore Fatso Jeston font aussi parti de ceux qui ont noyé dans l’écho ce rock californien bien trop propre.

 

Rock'n Roll dejanté et folk de cowboy psychédélique.

Voilà pour la scène locale une telle effervescence va commencer à rameuter toute une partie de musiciens avides de retrouver un son plus brut. C’est un voyage initiatique que faisait Jim Morrison au volant de sa mustang ou encore Keith Richards qui venait y retrouver Anita Pallenberg, John Lennon quant à lui y enregistra une démo d’Imagine « The lost Joshua tree tape » Dans les 90 s un studio ouvrira ses portes, Le rancho de la luna monté par Fred Drake (disparu en 2002), lieu de pèlerinage loin des contingences commerciales, le désert est la retraite au flambeau du mainstream.

C’est les crotales, les coyotes et les motels foutraques opposés à L.A la flamboyante et ses studios hollywoodiens..(Eagles of Death metal n'est ainsi pas oublié)

C’est encore Josh Homme qui y rassemblera à l’occasion des musiciens venus d’horizons divers pour y enregistrer les Desert Sessions : à ce jour 9 volumes existent. Une série d’expérimentations et de chansons tantôt robotiques tantôt des murder ballads mélancolique quand il s’agit de jouer avec PJ Harvey.

 

Si l’ombre punk est toujours présente c’est la contemplation  et cette atmosphère particulière qui va attirer un grand nombre d’artistes. Ce sont aussi bien Unkle, ou encore Vic Chesnutt qui feront le pèlerinage jusqu'à Joshua Tree.

 

Plus récemment ce sont les anglais d’Arctic monkeys qui viennent y muscler leur son.

 

Ou encore Hanni EL Khatib que l’on peut retrouver dans cette vidéo.

 

Si aujourd’hui la scène désertique semble avoir rejoint d’un côté l’underground, elle reste principalement focalisée sur son axe le plus connu autour de Josh Homme. Tinariwen qui sortira son album en février explique mieux que quiconque cette quête « ll nous fallait un désert, c'est pour ça qu'on est allé à Joshua Tree, ce sont des endroits où l'on se sent bien, à la fois pour vivre mais aussi pour créer» 
Enregistré en trois semaines grâce à un home-studio mobile, "Emmaar" possède un son très particulier: 
« Nous pensons que l’air est différent, que les atmosphères sont différentes, enregistrer en Amérique et faire une petite tournée en Californie, en Arizona, au Nouveau-Mexique et au Texas, nous a mis dans une ambiance spéciale, Les paysages, les grands espaces, le Sud. Nous avons regardé des westerns pendant l’enregistrement, et mangé des burritos, et l’ingénieur du son qui travaillait avec nous est de Nashville, je suppose donc que tout ça a changé la façon dont notre musique est capturée sur bande. »

 Tinariwen s’est affranchi de sa terre d’origine mais tel des créatures du désert, ils s’adaptent et continuent ; après tout, Tinariwen est un groupe né en plein chaos.

 

En plus: 8 titres à emporter et à écouter au hasard d'une virée sur le Twentynine Palms Highway:


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Par: Equipe Fip

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