Tony Gatlif : Geronimo, les Roms, et la musique

Le 24 octobre 2014 par
Tony Gatlif : Geronimo, les Roms, et la musique
Geronimo - Tony Gatlif © DR

La bande originale de "Geronimo ", dernier film de Tony Gatlif, vient de paraître. Cet album rappelle combien la musique occupe une place de premier ordre dans les films de ce cinéaste, connu pour s’être toujours intéressé au peuple Rom.

La bande originale de Geronimo, parue cette semaine, profonde, énergique voire violente, aux accents rock, électro mais aussi gitans, illustre une fois de plus l’importance de la musique dans les films de Tony Gatlif, et rappellent la marque de fabrique du cinéaste, qui a dédié de nombreux films à la communauté des Roms.

Geronimo raconte l’histoire d’une jeune éducatrice qui tente d’apaiser les tensions entre deux clans rivaux du quartier Saint Pierre, à Marseille. Lorsque Nil Terzi, une adolescente d'origine turque s'échappe de son mariage forcé pour retrouver son amoureux, Lucky Molina, un jeune gitan, le conflit éclate entre les deux communautés.

Dans ce film, Tony Gatlif voulait rendre hommage aux éducateurs, qui passent leur vie « dans les fournaises de ces jeunes [...], qui sont abandonnés, délaissés, et en échec scolaire ».

Dans Geronimo, la musique, qui a été écrite un an avant le début le tournage, porte véritablement l’action du film. Tony Gatlif a choisi une bande originale survoltée, qui évoque la pleine passion.

Dans Geronimo, la musique est comme une allégorie de la violence, elle remplace la violence, et amène le danger. Comme Tony Gatlif l’expliquait récemment sur RFI, « Je déteste la violence, je suis un non violent. Toute cette musique que l’on a fait c’est justement pour ne pas montrer cette violence physique. Et elle est franchement beaucoup plus puissante que des couteaux et des barres de fer ».

 

Pour Gatlif, et cela dans tous ses films, la musique occupe une place centrale. C’est peut-être la grande caractéristique de ce réalisateur. « La musique est quelque chose de vital. Sans elle, je crois que je serais incapable d'exister, et ce depuis que je suis tout gosse. Sans constituer le moins du monde une religion, elle représente le seul vrai lien entre les morts et les vivants, elle porte la joie, la douleur, la mélancolie et l'amour sur les sommets de l'émotion ». Le cinéaste a d’ailleurs déjà obtenu deux Césars pour les musiques de ses films.

L’autre grande caractéristique du cinéaste, est son intérêt pour les peuples Gitans, Tsiganes, Manouches, d'origines géographiques différentes et souvent regroupés sous le nom générique de « Roms », et à qui il a rendu de nombreux hommages dans ses précédents films. De Latcho Drom à Liberté, en passant pas Swing, Exils, Transylvania, et finalement Geronimo, ils sont au centre de l’action, en particulier leur musique.

Les films de Tony Gatlif sont une initiation poétique à la vie, aux coutumes, aux musiques de ces peuples, et une profonde invitation au respect et à la curiosité.

Si Tony Gatlif leur a consacré tant de films, c’est pour montrer au monde entier qu’ils existent. Malgré leur présence sur une grande surface du globe, en Asie, en Afrique et en Europe, les Roms ont souvent été dans le meilleur des cas ignorés, et dans le pire, persécutés.

Né d’un père Kabyle et d’une mère gitane, c’est à partir de 1981 que Tony Gatlif aborde le thème des Roms du monde entier, qu'il approfondira de film en film. Il a été en effet séduit par une « communauté en mouvement » et par un « univers sonore et musical » d'une très grande richesse et d'une grande diversité.

Tony Gatlif travaille fréquemment avec les artistes locaux dans ses films. Sa filmographie représente un véritable voyage à travers la culture, la musique et la vie de ces peuples nomades.

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