"D.I.V.A"

- Decca
Album classique du mois
D.I.V.A

Un quintette féminin de chanteuses aussi talentueuses que fantasques qui dépoussièrent, avec la complicité du compositeur Olivier Rabet et de la metteur en scène Manon Savary, les opéras de Verdi, Mozart, Bizet Puccini ou Offenbach.

Tout rêve merveilleux commence par un état des lieux. Sans compte de faits, pas de conte de fées. C’est donc l’histoire de deux brillantes chanteuses au fort tempérament qui se produisaient sur différentes scènes de France et d’ailleurs. Très bien formées (à la Maîtrise de Radio-France) à déchiffrer n’importe quelle partition à l’endroit, à l’envers, et même les yeux fermés, elles découvraient le monde réel avec inquiétude. Un monde de compétition impitoyable où les sentiments humains semblaient en option.

Flore Philis trouvait de bonnes productions en Angleterre, quoique chichement rémunérées pour acquitter un loyer exorbitant. Marie Menand vivotait au pays de Molière en se demandant ce qu’elle venait faire dans cette galère. Rêvant de grands airs de prime donne, elles se sont rencontrées sur une production de Don Giovanni de Mozart. Comme des curistes en station thermale qui fantasment sur des farandoles de desserts, elles ont commencé à imaginer un projet original autour de l’opéra, façon mash-up (collage). Un projet pour faire découvrir et aimer l’opéra au grand public, tout en leur permettant d’aborder les rôles dont elles rêvaient : Carmen, Violetta, Flora Tosca. Et pourquoi pas Leporello ou Scarpia ! Un projet de filles, de filles délirantes, plus Pedro Almodovar qu’Ingmar Bergman.

Elles en ont parlé à Manon Savary qui a aussitôt traduit leur chimère par une image : cinq poupées sortant d’une boîte, avec des coiffures de folie, et un maquillage de carnaval de Venise. La metteur en scène a même extrait des malles de son père cinq tenues parmi les plus extravagantes du Grand Magic Circus. Ces cinq poupées seraient cinq personnages typés : la Peureuse, la Bêcheuse, la Décalée, la Coléreuse, la Diva Ultime dans une véritable histoire à rebondissements. Chaque personnage chanterait des bouts d’arias et de duos puisés dans le grand répertoire (de La Flûte enchantée à Tosca) habilement découpés et harmonisés. Dix minutes, montre en main ! Une mise en scène rythmée, des vidéos, des effets spéciaux, la production ne reculant devant aucun sacrifice. Seule règle : s’amuser, mais ne pas trahir la musique. Les filles ont donc recruté un « magicien » pour arranger, transposer et réduire sans abîmer.

Le compositeur Olivier Rabet s’est employé à mitonner des partitions aux petits oignons, sans cuisiner au rabais. Il a même réussi à faire entrer un orchestre symphonique dans le chas d’une aiguille, obtenant un quatuor à cordes. Quatre musiciens d’élite, quatre personnalités délicieuses et un résultat que d’aucuns jugeront délictueux. Mais comme dit la chanson : La victime est si belle et le crime est si beau.

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À la recherche de trois oiseaux rares – trois rossignols vifs comme des martins-pêcheurs, pas des têtes de linottes – Marie et Flore ont alors déposé un appel à candidatures. Elles en ont reçu 450 qu’il a fallu éplucher une à une pour trouver des virtuoses de la glotte, faciles à vivre et dotées d’humour. Divas sur scène, pas dans la vie. Elles ont posé leur dévolu sur Jazmin Black-Gromellund, une américaine au timbre velouté qui venait de s’installer à Belle-Ile-en-Mer où elle avait trouvé l’amour. Elles n’ont eu de cesse d’essayer de convaincre Audrey Kessedjian de les rejoindre, avec succès finalement. Après un début de carrière en flèche induisant un stress monstre, cette superbe mezzo d’origine arménienne venait de se reconvertir dans la médecine chinoise adaptée aux chevaux. Enfin elles ont accueilli une anglaise Grace Carter  qui terminait un master de chant et de piano au Trinity College. Une pianiste peut s’avérer utile en troupe lyrique, mais quelqu’un qui sache faire le thé est capital.

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Nos deux « chefs d’entreprise » à la tête d’une boîte qui ne rapportait rien se sont mises à gérer des équipes et monter des plannings de répétition à la chaîne. Soucieuses de ne rien lâcher sur la qualité, elles ont convaincu Baptiste Chouquet, l’ingénieur du son du Balcon, d’imaginer un léger halo sonore, le plus naturel possible, pour réaliser la jonction délicate des voix et des instruments, en l’absence d’un chef. Pour l’enregistrement, elles ont refusé mordicus de travailler au casque comme en variétés, et ont tenu à respirer ensemble comme en musique de chambre. Comme l’humour sans un peu d’amour n’est que ruine de l’âme (quitte à transgresser les sons, autant écorcher les citations), nos belles excentriques ont voulu aller plus loin.

Elles se sont rapprochées de l’association SKIN qui soutient les femmes atteintes du cancer du sein. Elles ont entraîné neuf malades à chanter la « Barcarolle » des Contes d’Hoffmann, offrant l’indispensable joie, tout en ravivant l’essence de leur projet. Avant de conquérir le monde, car elles nourrissent de vraies ambitions, elles se sont trouvé un nom : D.I.V.A. Appelez-les comme vous voudrez : Déesses Irrésistibles, Vives et Amoureuses, ou Dindes Inconséquentes, Vaniteuses et Aigries ! Mais appelez-les poliment. Et venez les entendre, car elles sont décidées à casser la baraque à coup de contre-fa tant elles regorgent de talent. De « talent aiguille » évidemment.

Texte d'Ollivier Bellamy pour Decca

Site officiel de D.I.V.A

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