Astoria "Soledad del Escualo"

- Editions Eponymes
Album classique du mois
Soledad del Escualo

Le trio Français Astoria interprète avec énergie Astor Piazzolla dans son premier album.

Le Nuevo Tango est un équilibre subtil entre musique écrite et musique populaire. Avant Piazzolla, bon nombre de compositeurs se sont inspirés de musiques traditionnelles. Lui va réinventer un style dans sa globalité en le modernisant et en enrichissant considérablement son instrumentation, son harmonisation et sa construction rythmique. Il donne à l’interprète le droit de s’évader de la partition : Piazzolla le bandonéoniste, s’échappe de ce qu’a écrit Piazzolla le compositeur, dans cette musique néé de la spontanéité et de l’improvisation.

Un parallèle évident existe entre le bandonéon et son cousin transatlantique : l’accordéon. Vedette des bals populaires mais banni de l’enseignement des conservatoires, il aura fallu le talent et l’opiniâtreté de plusieurs générations d’accordéonistes pour que celui-ci commence à se frayer un chemin vers une reconnaissance unanime : Freddy Balta, Marcel Azzola, ou encore le jeune disciple de Piazzolla qui s’inspirera du Nuevo Tango pour créer le New Musette, Richard Galliano.

Sans cet héritage, une formation comme le Trio Astoria n’aurait pu voir le jour et la route de Félicien Brut, accordéoniste, vainqueur des trois plus grands prix internationaux d’accordéon, n’aurait pu croiser celles de Nina Skopek, violoniste, et de Brigitte Coissard, pianiste, toutes les deux issues des grandes écoles classiques que sont le CNSM de Lyon et l’École Normale de Musique de Paris. Ces trois musiciens aux parcours et aux tempéraments radicalement différents parviennent à exprimer d’une seule voix toute l’ambivalence émotionnelle du répertoire de Piazzolla pour en dégager une osmose musicale singulière et éclatante.

Ils ont invité le Duo Asencio à enregistrer deux pièces en quintette où la guitare et le violoncelle viennent enrichir de leurs timbres cette musique polymorphe. Soledad del Escualo, Solitude du Requin, titre de l’album, est un clin d’oeil humoristique et un immense « merci » adressés à tous ceux qui ont transgressé, dépassé, osé, refusé le cloisonnement des styles et écarté définitivement le risque de se sentir à l’étroit et de tourner en rond, tel un poisson dans son bocal.

Le Trio Astoria est en concert à la Salle Colonne (Paris) le 13 avril prochain.
 

Commentaires