Christian Scott "Ruler Rebel"

- Ropeadope
Album jazz de la semaine
Ruler Rebel

Le surdoué de la Nouvelle-Orléans célèbre les 100 ans du jazz avec "Ruler Rebel", premier volet d'une trilogie céleste et transgressive.

Jusqu’où ira Christian Scott ? Nul doute qu’à 33 ans, le trompettiste américain voit loin, très loin. Il semble même, au fil de ses disques, de plus en plus résolu à réécrire les règles du jazz à coup d’hybridation, d’avant-garde, et de fulgurances exploratoires. En cette année qui célèbre le centenaire du genre, l’Histoire a fourni à Scott un contrepied idéal pour poursuivre son œuvre titanesque à rebours de la tradition.

Le natif de La Nouvelle-Orléans a ainsi choisi cet anniversaire glorieux pour publier trois nouveaux albums et tenter de franchir d'un seul coup une étape décisive dans sa quête d’un jazz élastique. Une Centennial Trilogy tout sauf commémorative pour ce virtuose, qui met sa popularité au service de sa téméraire réinvention. Trois disques vecteurs de l’avenir de cette « stretch music » imaginée par Scott dans le creuset de sa génération bouillonnante, et qu’il a fini par baptiser ainsi dans un album manifeste publié en 2015.

Sorti en mars dernier, Ruler Rebel est le premier volet de cette ambitieuse trilogie qui s'étirera jusqu'à l'automne. Un disque qui dévoile une production fusionnelle, mêlant une nouvelle fois moult influences du jazzman, bien loin des conventions du genre. Derrière la trompette et les cors mutants de Scott se découvrent ainsi à chaque titre de nombreuses strates, parfois d'un hip hop frappant cadençant les remixes (New Orleanian Love Song , Rise Again), tantôt trip-hop lorsque la chanteuse Elisabeth Charles mêle sa voix aux cuivres (Phases), et même drum n' bass sur le final The Reckoning. Comme sur Strech Music, c’est avec sa complice de longue date la flûtiste Elena Pinderhugues que Scott atteint le plus souvent des ambiances stratosphériques, une virtuose elle aussi qui offre de magnifiques solos à Encryption et au fracturé et free The Coronation of X. aTunde Adjuah.

Christian Scott envisage finalement le jazz comme une œuvre collective qui dépasse de loin son enveloppe artistique. The Centennial Trilogy est le regard élargi que le New-yorkais porte sur le jazz, une vision militante, politique et sociale qu’il perçoit dans cette musique chargée d'une longue histoire humaine.

Rassembler les genres, « étirer » le jazz en le truffant de hip hop, de funk ou d’electro découle de la même ambition pour ce fan de Kendrick Lamar. Celle de s’affranchir des barrières, des règles et des différences économiques, sociales et raciales du vieux monde. Un idéal dont il offrira en septembre prochain le nom au troisième et ultime volet de cette trilogie contemporaine : Emancipation.

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