Askehoug "French Kiss"

- Ulysse Maison d’Artistes / L’Autre Distribution
French Kiss

Le chanteur chic s’arme de sa grosse voix pour critiquer les belles-mères et les mathématiques.

Askehoug a une voix aussi grave que les guitares basses qu’il faisait vibrer avant de se mettre à la chanson... Ce qui lui permet d’enrober ses paroles d’un charisme chaleureux dans French Kiss, un album littéraire à l’ironie mordante. Le tout sur une musique assez rock n’ roll, quand même. Certes, il s’en est écarté au fil de sa carrière de musicien et depuis ses débuts en tant que bassiste avec notamment Stupeflip et Louis Chedid. Mais l’âme du rockeur est encore là, inexorable.
 
Les guitares saturées sont propres, il y a du piano, et des petites boucles électroniques bien taillées. Ses textes peuvent ainsi facilement prendre le devant de la scène. Dans ce nouvel album, Askehoug tricote des paroles parfois tristes, parfois légères. Il alterne aussi savamment le parlé et le chanté, et n’hésite pas à se mettre en scène, comme dans Mathématiques, ou il joue le rôle du professeur. Ne nous méprenons pas : ce n’est pas son amour, mais bel et bien son désamour de la matière qu’il y exprime. Les arithmophobes comprendront.
 
Aussi détestables que les mathématiques, pour Askehoug, il y a les belles-mères. « Vous êtes ce qu’on appelle une belle mère, vous n’avez de beau que votre ulcère », lance-t-il au début de Marguerite. Mais il ne fait pas que critiquer. Dans Nuage, il propose une poésie aérienne. Dans Didascalies, il donne vie aux incises de la littérature. Et dans Bonjour la Solitude, il se met dans la peau d’un personnage tellement seul qu’il n’a plus que ses objets du quotidien, et enfin la solitude, comme interlocuteurs.
 

Dans son quotidien à lui, Mathieu Aschehoug - il a modifié l’orthographe pour se transformer en Askehoug - est plutôt un personnage discret. Diplômé en installations vidéos aux Arts Déco à Paris, il passe par la musique de films et des rôles de bassiste pour ensuite sortir un premier disque auto-produit avec Smart et Piggy. Et quand Mathieu Aschehoug devient Askehoug, on rencontre un tout nouveau personnage, un artiste libéré exprimant une énergie décomplexée.
 
C’est avec la sortie de son deuxième albumJe te tuerai un jeudi, que le chanteur a commencé à faire parler de lui. Il reçoit un très bon accueil de la critique pour cet opus où sa prose fait cohabiter l’ironie et le pessimisme, et s’exprime à travers cette voix profonde et envoûtante. La sortie de French Kiss cette année marque une évolution vers un style plus mature et maîtrisé, qu’illustre parfaitement Bonjour la Solitude, ou encore son autre titre phare La Dispute.  

 

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