Rodolphe Burger "GOOD"

- Dernière Bande
GOOD

Rodolphe Burger fait son retour avec "GOOD", un album fascinant, beau et lyrique qui nous plonge dans des ambiances musicales singulières.

Cinquième album solo du guitariste, si l’on exclue ses multiples projets et œuvres de collaboration, GOOD se révèle être un disque d’une profondeur fascinante. Ancien leader de Kat Onoma et compagnon de longue date du regretté Alain Bashung, Rodolphe Burger manie avec souplesse la musique rock et le texte au milieu d’ambiances sonores où son phrasé, sa voix lourde et sensible habitent les chansons. Entamé avec la rencontre du percussionniste Christophe Calpini et construit au fil de différentes résidences artistiques, GOOD propose une succession de scènes et d’atmosphères musicales d’une puissance évocatrice incomparable. Le son du disque parait encore gagner en profondeur par rapport aux albums précédents. Les voix semblent émaner de très loin, et les nappes instrumentales envahissent l’espace avec une douce fluidité. Good, premier single éponyme, son ambiance mélancolique et sa montée sonore qui collait à merveille avec la beauté froide du mois de janvier, offrent un répit dans l'espace temps illustré par un clip magnifique où Rodolphe Burger déambule à reculon. A découvrir en avant-première :

Ce nouvel album brille surtout par sa variété de tons et d’ambiances. Des choix originaux et contrastés confèrent à GOOD une palette de couleurs remarquables d’inventivité. Les distorsions de Fx of love rappellent que Rodolphe Burger ne se limite pas aux ballades douces et intimistes. Le guitariste s’était même épris de la Jungle music d’outre-manche dans les années 90. Les paroles aussi empruntent des portes à la dérobée et nous emmènent dans des couloirs et des pièces inconnues. GOOD est selon ses créateurs une « odyssée immobile où une poignée de mots fait prendre de la vitesse ». Rodolphe Burger s’est ici entouré de ses proches amis écrivains Olivier Cadiot, Pierre Alfieri ou Michel Deguy. Les textes sont parfois beaux, troubles, surréalistes et frôlent par moment le fantastique. Happy hours dépeint une réception mondaine macabre et empoisonnée. Poème en or, poignant et corporel, exprime le désespoir d’une séparation. Hard times évoque tendrement la lassitude. Rien ni personne nouveau commandement, que l’on aimerait voir dans toutes les mains, énonce l’unique loi de l’être humain : « Tu ne tueras pas ».

Rodolphe Burger sélection

© Julien Mignot

Rodolphe Burger reprend également sur ce disque des morceaux de littérature avec brio. An der Lili, texte de Goethe chanté en allemand avec Sarah Murcia, sonne comme une réminiscence de son projet germanophile Psychofarmaka. En fin d’album, Waste land et son incroyable atmosphère en lévitation subliment les 434 vers du poème de T. S Eliot. GOOD est un disque lent, que l’on apprécie avec un état d’esprit neuf en oubliant son environnement, en oubliant son présent et peut être en s’oubliant soi-même, en « arrêtant tout » comme le suggère le morceau Providence. Le voyage proposé vaut définitivement cet effort mental.

Par Nicolas Ignatiew

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