Father John Misty "Pure Comedy"

- Sub Pop Records
Pure Comedy

Un album philosophique et métaphysique enveloppé dans une folk aigre-douce.

Nostalgie, réconfort, mélancolie : les trois sentiments cohabitent bel et bien dans l’album Pure Comedy, parfois de manière contradictoire. La contradiction est peut-être le propre de l’homme au fond. Et le propre de l’homme, c’est ce que John Father Misty essaie de comprendre et d’élucider. Ses résultats ne sont pas très enthousiasmants. Mais ses textes, tout comme la musique qui les contient, le sont…

Le son, lui, trouve ses racines dans la folk américaine d’un Nick Drake et d’un Pete Seeger. Les accords de piano y viennent tenir compagnie aux accords de guitare, comme dans sa Ballad of the Dying Man. Neil Young, aussi, surgit dans l’esprit à l’écoute de Father John Misty. On retrouve la même alternance d’accords majeurs et d’accords torturés. Dans When the God of Love Returns There’ll be Hell to Pay, des chœurs viennent s’installer confortablement sur les accords de piano, ce qui n’est pas non plus sans rappeler ceux d’un certain Leonard Cohen

C’est un peu le genre de musique qu’on voudrait écouter en voiture, au milieu des paysages grandioses de l'immense Amérique. A défaut, le voyage est musical. Un voyage qui débute à Los Angeles dans sa chanson Leaving LA. L’artiste y exprime son dégoût de la société superficielle où la gloire et la consommation règnent en maîtres. La chanson ne dure pas mois de 13 minutes, et sonne comme une contemplation des illusions brisées.

Car l’ancien batteur des Fleet Foxes n’est pas du genre optimiste. Dans When the God of Love Returns There’ll be Hell to Pay, il n’y va pas de main morte et décrit la terre comme "sauvage et injuste", avant de s’adresser directement à Dieu : "Essaie quelque chose de moins ambitieux la prochaine fois que tu t’ennuies". Puis à la fin du premier titre qui lui aussi porte le nom de Pure Comedy, il donne un ultime coup de marteau avec : "Ça me fait du mal de l'admettre, mais la seule chose qui nous reste c'est la compagnie des autres" ("I hate to say it, but each other is all we’ve got").

Photo : Guy Lownded

Photo : Guy Lownded

D’aucuns aperçoivent dans ce déballage de critiques une touche de condescendance. Peut-être que ce n’est pas seulement un mirage. Toujours dans son titre Pure Comedy, c’est d'eux qu’il parle ("they" en anglais), comme si lui n’appartenait pas à cette humanité décadente. Dans Ballad of the Dying Man, il s’en prend aux "voix prétentieuses et ignorantes",  aux "homophobes, hipsters et 1%" (les 1% les plus riches aux Etats-Unis), puis aux "faux féministes". Il est prodigue en leçons de vie, et le sait : au milieu de Leaving L.A., il lâche "génial, on a vraiment besoin de ça, un autre mec blanc en 2017 qui se prend sacrément au sérieux".

Mais ce qu’on ne peut pas lui reprocher, c’est que le fond et la forment ne soient pas en harmonie. Toutes les chansons sont empreintes d’une mélancolie qui ne fait que traduire les tristes portraits de la société qu’il dresse. Dans sa voix parfois plaintive, parfois aérienne, on détecte cette langueur pour un monde meilleur. Pour sûr, le monde de la musique, lui, ne peut que se réjouir d’accueillir cette nouvelle œuvre de Father John Misty. 

Father John Misty est en concert le 11 novembre au Trianon à Paris.

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