Chinese Man "Shikantaza"

- Chinese Man Records
Shikantaza

Cinq ans après "Racing with the Sun", le collectif français revient avec un disque ambitieux et enrichi par les multiples explorations sonores du trio.

Depuis la fin des années 2000, Chinese Man s’est imposé comme une valeur sure sur la scène hexagonale. Pionnier d’un mélange composite entre musiques du monde, hip-hop et electro, le collectif formé en 2004 à Marseille, avait d'abord percé avec le single I’ve Got that Tune et s’est construit depuis une solide réputation parmi les beatmaker français, mais également à l’étranger. C’est peu dire que Shikantaza, leur 8e album studio (déjà) est attendu au tournant. Bonne nouvelle, le disque est une très belle réussite, et prouve que Chinese Man demeure le maître de cette recette musicale hybride qui a bâti son succès. Mieux encore, Shikantaza vient étendre vers de nouvelles latitudes un répertoire musical déjà bien vaste.

L’introduction éponyme de l’album nous embarque par surprise au milieu de chants traditionnels et d’une cascade de tambours quelque part en Asie centrale. Maläd, ses percussions obsédantes et son scratch prolonge le voyage à travers les steppes et les déserts sur un rythme soutenu. Step back nous invite à danser sur un improbable tango de salon remixé. Le bien nommé Escape nous fait léviter sur l’air planant d’un orgue des années soixante. Le choix des instrumentaux est judicieux de bout en bout. Les platines chauffent, et les contrebasses s’invitent parfois sur ce rassemblement frénétique de tambours, de cordes folkloriques, de chanteurs, chanteuses et MCs. Goodnight enfin termine le voyage sur une douce note, comme si un marchand de sable était passé lui-même clore le disque.

Véritable melting pot sonore Shikantaza brille également par l’excellent compromis qu’il offre entre long morceaux instrumentaux et singles accrocheurs. Dans la lignée de ses derniers disques, Chinese man réédite ici plus que jamais son goût pour les collaborations. Les tubes hip-hop sont une nouvelle fois au rendez-vous avec The Crown qui voit A-F-R-O, A.S.M. et Taiwan MC se succéder au micro, Blah ! qui explore le registre dub avec Youthstar et Illaman, ou Modern Slave, diatribe du rapper New-Yorkais RA the Rugged Man contre l’Amérique à l’aube de la présidence de Donald Trump. Mais c’est peut-être bien d’autres timbres plus soul et plus féminins qui marquent définitivement les esprits sur ce disque. Stone Cold, morceau élégiaque emmené par la voix magnifique et craintive de Mariama est sans aucun doute un sommet de l’album. Liar, titre chanté par Kendra Morris dévoilé en novembre dernier, est quant à lui le tube évident et délicieusement groove d’un disque qui s’impose comme un album encore plus varié et ambitieux que ces prédécesseurs. 

Selon le groupe « Shikantaza est une invitation au lâcher prise, à saisir le moment présent, un chemin vers l’éveil qu’il appartient à chacun d’emprunter ». Le titre de l’album est un terme utilisé au sein de l’école bouddhisme zen soto que l’on traduirait en Japonais par « être assis sans rien faire ». Merveilleux paradoxe entre cette immobilité du corps et cette musique qui fait voyager l’esprit.

Chinese Man

Chinese Man © Leo Berne

=> Chinese Man est en tournée dans toute la France. Retrouvez toutes les dates de concerts ici

Par Nicolas Ignatiew

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