Loyle Carner "Yesterday's Gone"

- AMF / Caroline
Yesterday's Gone

Le nouveau fer de lance du hip hop anglais dévoile un premier disque personnel et poétique.

Le rap britannique s’est trouvé un nouveau champion. Oui, Loyle Carner doit bien être un champion pour publier à 22 ans à peine un premier album d’une telle facture. Yesterday’ Gone sonne comme un exutoire pour le gamin de South London qui a rempli ce disque de l'histoire qu'il connaît la mieux : la sienne. Car la musique de Carner, si elle impressionne par sa qualité constante, puise essentiellement dans les références d’un hip-hop golden-age qui n’a pas ici la prétention de révolutionner le genre. Parainné par son brillant compatriote Kwes, Yesterday's Gone est d'abord un livre ouvert sur le destin familial du jeune rappeur, profondément marqué par la disparition de son beau-père en 2014 et par une enfance en forme de course d’obstacles. Baignant dans le gospel, The Isle Of Arran donne d’ailleurs le ton d’un disque où le flow de Carner, impeccable, s’impose immédiatement.

La pochette du disque ne trompe pas elle non plus : une photo de famille élargie avec au milieu la mère du rappeur, centrale dans toute son écriture. Elle-même est d’ailleurs conviée à chanter sur ce disque dans un titre final émouvant, aux allures de réunion posthume et sur la base d’une composition au piano de son beau-père disparu. Les musiciens, pourtant, ne manquent pas sur cet album à l’aura jazz-soul et qui sait varier les tempos et les ambiances. Parmi cette petite troupe londonienne, mention spéciale pour Tom Misch qui berce de sa voix le cotonneux Damselfly, rendant ainsi la pareille à Carner après sa participation à un bel EP publié l’été dernier. Mais aussi au beatmaker Rebel Kleff qui offre son flow à l’infaillible No CD, augmenté avec brio par les secousses d'une guitare électrique :

Que va faire Loyle Carner de ce disque si élégant ? Quelle suite pourra-t-il donner à cet album manifeste, en forme d’adieu à son père et à son enfance ? Le talent du Londonien et son succès précoce lui ouvrent d’ores et déjà les portes en grand. Gageons qu’il saura écrire pour le rap un bout de son avenir, comme il vient d’apporter à son propre passé le rythme et la poésie.

Loyle Carner sera en concert le 25 février prochain au Badaboum (Paris).

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