Patrice Chéreau, Certains l'aiment Fip
Patrice Chéreau à Paris en Aoüt 2003 © Sam THOMAS/Getty Images

La Cinémathèque de Paris rend hommage à la carrière cinématographique de Patrice Chéreau. Le 9 novembre à 20h Certains l’aiment Fip revisite les films de ce grand metteur en scène universel qui laisse une empreinte impérieuse sur son temps.

FIP met le cinéma sur écoute et invite les auditeurs à une balade dans l’imaginaire musical d’un cinéaste, d’un genre ou d’un compositeur de BO. En explorant les partitions d’un cinéma sensible au son et aux vibrations, FIP propose un puzzle impressionniste jouant sur l’émotion et les sensations.

Mercredi 9 novembre, Certains l'aiment Fip met en lumière l'oeuvre cinématographique de Patrice Chéreau, immense metteur en scène, directeur d’acteur on ne peut plus sensible et exigeant, qui a mis son talent au service du théâtre, de l’opéra et du cinéma. Une émission présentée par Susana Poveda et réalisée par Denis Soula.  La programmation musicale est signée René Hardiagon.

Chéreau nous a quittés le 7 octobre 2013 à l’âge de 68 ans et les larmes ont coulés, car rares sont celles et ceux, qui comme lui, ont su porter la vérité brute des êtres sur un plateau. Ce grand homme qui n’était jamais là où on l’attendait repose désormais au cimetière du Père-Lachaise. Quelques mois avant sa disparition il électrisait le public du Festival d’Aix-en-Provence où il mettait en scène Elektra de Richard Strauss, de façon quasi chorégraphique, avec Evelyn Herlitzius (Elektra), Waltraud Meier (Klytämnestra) et l’Orchestre de Paris dirigé par Esa-Pekka Salonen :

" Le cinéma permet de raconter des choses très complexes avec des moyens narratifs très primitifs." Patrice Chéreau

Comédien, scénariste, réalisateur, metteur en scène et grand directeur de théâtre (Théâtre de Sartrouville, Théâtre Piccolo de Milan, co-directeur du TNP, co-directeur des Amandiers), Patrice Chéreau n'a pas réalisé autant de films qu'il l'aurait voulu car sa passion pour le théâtre le ramenait sans cesse sur les planches. A la mort de son auteur fétiche Bernard-Marie Koltès, quelque chose s'est brisé, son désir de théâtre s'est estompé et l'urgence a pu se déplacer. C'est en 1974, que le tout jeune metteur en scène de théâtre et d’opéra déjà en pleine gloire, fait ses débuts derrière la caméra, avec en tête une attirance pour les expressionnistes allemands et Orson Welles.

Son premier film, La chair de l’orchidée, est une adaptation du roman de James Hadley Chase qu'il a adoré dans son adolescence. Mais pour Chéreau, son véritable premier film est L'Homme blessé (1983) ou le parcours initiatique sans pitié d'un jeune homme rêveur découvrant son homosexualité, joué par Jean-Luc Anglade. Chéreau et Hervé Guibert ont obtenu le César 1984 du scénario original pour ce film cru et puissant qui provoqua quelques émois à sa sortie. La musique de ce 3ème film est du saxophoniste de free jazz sulfureux et imcompris, Albert Ayler   :

Patrice Chéreau a aussi fait l'acteur sur sept long-métrages. Il débute dans le film d'Andrzej Wadja Danton (1983) où il joue le journaliste révolutionnaire Camille Desmoulin, face à Depardieu. Puis il prend le rôle de Napoléon dans Adieu Bonaparte, le long-métrage de Youssef Chahine sur l'invasion de l'Egypte sur une musique de Gabriel Yared.  En 1992 il est le Maréchal Mann aux côtés de Daniel Day-Lewis, dans le film d'aventures Le Dernier des Mohicans, porté une superbe BO composée par Trevor Jones et Randy Edelman. Le Temps du loup de Michael Haneke a été son dernier film en tant qu'acteur. 

Travailleur insatiable, Patrice Chéreau créait sans cesse avec la peur de ne pas savoir faire. Il aimait raconter des histoires, guidé par le désir de témoigner de la façon dont on est au monde. Le film qui le fait grimper au firmament du 7ème art est La Reine Margot (1994) adapté du roman éponyme d'Alexandre Dumas. Il y travaille depuis 1989 avec la scénariste Danièle Thompson. Cette fresque sanglante sur les tueries de la Saint-Barthélemy qui fait écho à d'autres guerres civiles, dépoussière le genre. Dominique Blanc,Vincent Pérez, Daniel Auteuil et l'indomptable Isabelle Adjiani n'en sortent pas indemnes.

Le tournage fut épique :  « Nous, les acteurs, on savait qu'on allait se faire mal, évoque Vincent Pérez, Chéreau attendait de nous qu'on dépasse nos limites. ». Dominique Blanc raconte que Chéreau « rôde autour des visages comme un fauve bienveillant ». La Bande originale signée par Goran Bregovic est flamboyante. Du folk balkanique aux chants funèbres en passant par les mélodies corses, elle se termine par Elohi, une chanson populaire juive espagnole chanté en Hébreu par l'Israélienne Ofra Haza et arrangée par Bregovic.

" Depuis quinze ans, c'est-à-dire depuis "l'Homme blessé", je tourne autour d'une forme cinématographique que j'ai l'impression, aujourd'hui, avec ce film, d'avoir enfin accomplie (…)Bref, j'ai compris deux ou trois choses essentielles du cinéma que je n'avais pas comprises avant. "   

Tel un peintre, il maitrise le trait, l’espace et la couleur. Il dessine les décors, les costumes de ses mises en scène. Cette aptitude, il la tient de ses parents, dessinateurs de tissus pour les couturiers. "apprendre à dessiner, c'est apprendre à regarder ", disait-il. Dans Ceux qui m'aiment prennent le train, Patrice Chéreau reproduit l’atelier de son père. Le film sorti en mai 1968 raconte les obsèques de l’artiste-peintre Jean-Baptiste Emmerich, mort à Paris et inhumé selon son désir, à Limoges, sa ville natale. Ses amis, sa famille et ses amants se retrouvent à la gare d'Austerlitz pour faire le voyage. Pour sa B.O., il a choisi des chansons comme All is full of love de Björk, Western eyes de Portishead, That's life selon James Brown ou encore l'Adagio de la Symphonie n°10 de Mahler, dirigé par Pierre Boulez et aussi Don't forget the nite chanté par les Rita Mitsouko, sur cette scène du train :   

La chanson est aussi très présente dans son film Intimité qu'il tourne dans les faubourgs du sud de Londres, avec Mark Rylance,Timothy Spall, Philippe Calvario, Marianne Faithfull. On y entend les Clash, David Bowie ou encore Iggy Pop :
 

Puis il y a eu Son Frère, magnifique face à face ou le réalisateur capte la mort et l'intimité de deux frères qui se retrouvent, avec Bruno Todeschini et Éric Caravaca, Gabrielle, une adaptation de Le retour, une nouvelle de Joseph Conrad, avec Isabelle Huppert et Pascal Gregorry.
Sur la BO, on entend Sleep de Marianne Faithfull, une chanson qu'elle lira lors de la soirée hommage à Patrice Chéreau, le 4 novembre 2013 au Théâtre de l'Odéon.
 

 
C'est encore la souffrance qui est au coeur de son dernier film Persécution qui raconte la passion terrible d'un parano avec Jean-Luc Anglade, Romain Duris et Charlotte Gainsbourg. Pour la musique il retrouve Eric Neveux J'ai composé pour son dernier film « Persécution » et pour ses dernières mises en scène de théâtre, « Rêve d'Automne » et « I Am The Wind » de Jon Fosse. De très beaux et grands souvenirs que cette collaboration !

A écouter ici, l'ITV d'Eric Neveux sur son travail avec Patrice Chéreau.

Programmation musicale

20h01 : OFRA HAZA - Elo Hi
20h08 : - Margot
20h10 : PHILHARMONIE DE PARIS - Rencontre Yehya Nahed
20h11 : MOTEL - Overdrive Motel
20h13 : ERIC NEVEUX - Le Chantier De Daniel
20h16 : NINA SIMONE - Keeper Of The Flame
20h20 : ARNO - Quand Je Pense
20h45 : DAVID BOWIE - The Motel
20h57 : JEAN SEBASTIEN BACH/DIR KARL RISTENPART/ORCHESTRE DE CHAMBRE KARL RISTENPART/MOTETTENCHOR DE BERLIN - Cantate Bwv 82
21h04 : TINDERSTICKS - Plus De Liaisons
21h11 : WILLY DE VILLE - Save The Last Dance For Me
21h14 : NINA DE ANTEQUERA - ?quien Tiene La Culpa?
21h19 : PORTISHEAD - Western Eyes
21h30 : RITA MITSOUKO - Don T Forget The Nite
21h42 : ERIC NEVEUX - Harcelement
21h44 : THOMAS BELHOM - Hey Man
21h48 : BRYAN FERRY - Driving Me Wild
21h52 : ANTONY

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