L'écume des jours : Boris Vian de B à V
Boris
Vian
Le 29 Avril 2013

L'écume des jours : Boris Vian de B à V

Boris Vian de B à V ©RF

 

Alors que Michel Gondry sort ce 24 avril son adaptation de “l’Ecume Des Jours” de Boris Vian, Fip vous propose de plonger dans l’oeuvre de Vian, et de revisiter cet auteur; inventeur, poète, musicien multifacette et de naviguer dans ses oeuvres et sa vie. Entre grands classiques, raretés, polémiques et inédits, ils nous fallait faire un choix et ce ne sera qu’un aperçu des multiples talents de ce génial touche-à-tout.
Boris Vian de B à V est un abécédaire pour retrouver et aborder un angle, un thème, un complice ou un des avatars de l’auteur.

>>Blues du dentiste.

Voir lettre V comme Vernon Sinclair.

>>Chloé

Le nom du personnage de Chloé est tiré du titre arrangé par Duke Ellington "Chloe" (Song of the Swamp), soit "Chloé - la chanson du marais ». Elle meurt d'un nénuphar dans les poumons...The Duke, dont Vian est un fan absolu et qu’il côtoya à la fin des années 40, est cité plusieurs fois dans le roman : "Je conseille à Monsieur un tempo d'atmosphère, dans le style de Chloe, arrangé par Duke Ellington, ou du Concerto pour Johnny Hodges..." dit Nicolas 

 

 

>> Déserteur :

Sur une musique d’Harold Berg, Vian en polémiste publie ce morceau le 7 mai 1954, jour de la défaite de la bataille de Điện Biên Phủ durant la Guerre d'Indochine. C’est Marcel Mouloudji qui sera son premier interprète. Interdite d’antenne et retirée de la vente pour cause d’anti millitarisme. La chanson est utilisée et adaptée en anglais pour protester contre la guerre du vietnam, ses reprises vont de Joan Baez a Pierre Paul and Mary.

 

 

>>Ecole centrale de Paris : 

En 1939 il rentre à l'Ecole Centrale de Paris et, après un passage à celle d'Angoulême il retourne à Paris et obtient son diplôme d'ingénieur. Une expérience ennuyeuse, tout comme celle du monde professionnel et des usines. En réaction il inventera tout au long de sa vie une pleïade d'objets farfelus comme le Pianocktail de l'écume des jours, un instrument mythique qui crée une passerelle entre goût et son, la Guitare- Harpe, la roue élastique, Le Cor à Gidouille ou le Peignophone (un peigne et une feuille de papier à cigarettes)...

Affiches de films autour de Boris Vian ©RF

>> Film :

La question est : Boris Vian aurait-il aimé cette deuxième adaptation cinématographique, après celle de Charles Belmont en 1968 ? Pas sûr du tout. L’auteur entretenait des rapports conflictuels avec le 7ème art. Il s’est essayé  plusieurs fois comme acteur ("Les Liaisons dangereuses 1960" de Roger Vadim avec Jeanne Moreau et Gérard Philippe en 1959) ou comme scénariste. En 1959 toujours il travaille sur le scénario de l’adaptation de son roman “J'irai cracher sur vos tombes” mais rentre en conflit avec les producteurs et se lance dans une campagne de dénigrement du film de Michel Gast qu’il ne verra jamais (voir à la lettre “J”).

 

>> Gainsbourg :

Serge Gainsbourg déclarera un jour que c'est en découvrant Boris Vian au cabaret Milord l'Arsouille qu'il décida de chanter et d'écrire. Pour son premier album "Du chant à la une !" dont est extrait "Le Poinçonneur des Lilas",  Gainsbourg fit appel à l'arrangeur de Boris Vian, Alain Goraguer. L'album très critiqué à sa sortie fut encensé par un certain Boris Vian (qui d'ailleurs faisait aussi l'éloge d'un inconnu Georges Brassens).  Boris Vian a écrit plus de 500 chansons.

 

>> Honeysucckle Rose :


 

 

>> Irai Cracher sur vos tombes (J’) :

Paru pour la première fois en 1946 le roman "J'irai cracher sur vos tombes" est signé Vernon Sullivan, un des nombreux pseudos de Vian qui se présente comme simple traducteur de l'auteur américain imaginaire. Une bonne idéé, le roman qui dénonce le racisme aux Etats-Unis de façon parfois crue et violente, fait scandale. En 1949 il est interdit et son auteur condamné pour outrage aux bonnes mœurs.
L'histoire veut que c'est en voyant les premières images (seulement 10 mn) de l'adaptation cinématographique du roman le 23 juin 1959 que Boris Vian s'est effondré dans son fauteuil  du cinéma Le Marbeuf foudroyé par un arrêt cardiaque à l'âge de 39 ans.

 

>> Jazz :

Le jazz est omniprésent tout le long du roman. Il y a de nombreuses références aux musiciens et compositions de jazz. il swingue jusque dans les mots où l'auteur s'amuse  à rajouter plusieurs « Z » de jazz (ex. : Doublezons, zonzonner…). Passionné de musique et surtout de jazz, Boris Vian, trompettiste, fut membre du Hot Club de France, producteur, chroniqueur (notamment à Jazz Hot)... Henri Salvador, guitariste de jazz et ami de Vian disait de lui : « Il était un amoureux du jazz, ne vivait que pour le jazz, n'entendait, ne s'exprimait qu'en jazz »

 

>> Kübler (Ursula Vian) :

Décédée en 2010, elle était la deuxième femme de Boris Vian et son grand amour. Après le décès de Boris vian elle s’est attachée à faire connaitre son oeuvre. Danseuse pour Bejart et engagée par Rolland Petit, elle était également photographe, artiste actrice pour Louis Malle et Agnes VArda.Le couple résidait à Paris cité veron, dans le 18e, comme l’explique Prévert dans ce poème.

 

>> La Java des bombes atomiques

Un autre morceau qui, à l'epoque fit scandale et dont le titre termina en une du Canard Enchainé, le seul journal qui le soutenait à l’époque. Ce morceau de 1955 est une vision de la guerre froide, une vision qui lui coutera d’être retiré des ondes nationales. Le 45t tour d’époque comporte en face B un titre comme un écho à ce manifeste “la complainte des arts ménagers”.


 

>> Marécage (Louisiane) :

L’humidité est très présente dans l’écume des jours. Vian avait un fascination pour le bayou et la Louisiane, berceau du jazz. Dans le roman les souvenirs des deux personnages principaux Chloé et Colin sont les épaves de l'écume des jours. cette personnification du marécage est le fil conducteur de son roman ce qui donne le rythme ljazz (comme plus tard Kerouac le fera avec sur la route...mais cette fois ci on ne parlera plus de be bop mais de hard bop) Il avait repris le standard "Basin Street Blues" écrit par Spencer Williams et repris par Louis Armstrong puis par Ray Charles.

 

>> Natacha chien chien :

Nicolas est joué par Omar Sy dans l'adaptation cinématographique de Michel Gondry. Mais, inédits de Vian obligé c’est Natacha chien chien que l’on préfèra à la lettre N. Encore un inédit radiophonique sorti en 1955 et encore une fois interdit d’antennes. Ce morceau connu une seconde jeunesse à l'occasion de sortie la compilation de reprises de morceaux de Boris Vian par la jeune garde de la chanson française “On n’est pas là pour se faire engueuler” parue en 2009. le morceau est repris par Lio et Desirless.

 

>> On n'est pas là pour se faire engueuler :


Est une relecture subversive de la fête Nationale, le 14 juillet contestataire.

“Portez-vous bien, mais nous on s' barre Et puis on est descendu chez Satan
Et là-bas c'était épatant !
C' qui prouve qu'en protestant
Quand il est encore temps
On peut finir par obtenir des ménagements !"
Ce titre de 1956 est un hymne à la lutte et au non renoncement.

 

>> Polar :

En 1945 Marcel Duhamel fonde la Série Noire, le polar américain rencontre un énorme succès populaire en France ; "Pas d'orchidées pour miss Blandish" de James Hadley Chase reste un des plus gros succès de la collection. Comme Chase qui est anglais et n'a jamais mis les pieds aux Etats-Unis, Boris Vian va s'inspirer du genre pour bon nombre de ses romans.

Amoureux de la culture américaine Boris Vian va profiter de sa fausse traduction de Vernon Sullivan pour se voir confier de vraies traductions (souvent avec sa femme Michelle). Il va ainsi pouvoir traduire les maîtres du polar comme Raymond Chandler avec "Le Grand Sommeil" et "La Dame du lac", Peter Cheyney ou James Cain. Il traduira aussi des romans de science fiction (A. E. van Vogt) ou le classique “Le Jeune Homme à la trompette”, biographie romancée du trompettiste Bix Beiderbecke par  Dorothy Baker.

Romans traduits par Boris Vian ©RF

>> Pataphysique :

Lascience des solutions imaginaires.“ est inventée  par Alfred Jarry. De ce mouvement Vian récupère un rôle en 1953, celui de grand satrrape il succède a un autre esprit tortueux, ou plutôt un trio, les marx brothers./

Sa définition de la pataphysique « Je m’applique volontiers à penser aux choses auxquelles je pense que les autres ne penseront pas. »

https://soundcloud.com/nostalgie/college-pataphysique

 

>> Queneau :

Si à la lettre précédente Prévert avait sa place, nous avons préferé Queneau. Au final nous nous retrouvons avec trois fous du langage. Son ami et grand pataphysicien Raymond Queneau s'inspirera de l'écrivain imaginaire Vernon Sullivan en créant l'écrivaine Sally Mara auteure fictive des oeuvres "On est toujours trop bon avec les femmes", "Journal intime" et "Sally plus intime".

>> Religion :

L’écume des jours c’est un mariage et un enterrement, Dans sa critique de la société, Boris Vian n'a pas épargné la religion : On retrouve ce thème à travers deux cérémonies, le mariage et l'enterrement. Cette premiere cérémonie a toujours été vue par Vian comme une formilté simple, et l’occasion pour montrer la puissance de l’église et la richesse d’une des parties.
On retiendra le Vian compositeur pour “ne vous marriez pas les filles” interprétée par Michèle Arnaud.

 

>> Sugar Hill Shim Sham :

Morceau composé, par Duke Ellington et Stewart, repris par Boris Vian il est extrait de l'album des “Inédits radiophoniques” de Boris Vian issu des archives de l’INA et  paru en 2003.

Lecture
 
Sugar Hill Shim Sham ©Radio France

 

>>Le Tabou

Au début le Tabou est surtout un lieu de rendez-vous d'écrivains, journalistes comme Jean-Paul Sartre ou Albert Camus. Boris Vian est l'un des premiers musiciens à y jouer. La cave devient vite le haut lieux des zazous, intellectuels, existentialistes et musiciens de jazz. On pouvait y croiser les musiciens de jazz américains de passage , la muse Gréco, Simone Signoret...Le Tabou ferma au bout d'un an au profit du Club Saint-Germain.

Boris Vian dira « Très vite, le Tabou est devenu un centre de folie organisée. Disons-le tout de suite, aucun des clubs qui suivirent n'a pu recréer cette atmosphère incroyable, et Le Tabou lui-même, hélas ! ne la conserva pas très longtemps, c'était d'ailleurs impossible »

 

>> Une bonn' paire de claques :

 

>> Vernon Sinclair :

Le rock aime les pseudos, Gene Vincent à Johnny Hallyday. Boris Vian ne déroge pas à la règle et c’est sous le nom de Vernon Sinclair qu’il signe ses tubes rock. En 1956 le pianiste Michel Legrand revient des Etats-Unis avec des disques de rock'n' roll et propose à Vian et Henri Salvador de s'y mettre. Les deux fans de jazz méprisent cette musique "pour ados frustrés" et décident d'en faire des pastiches ; au chant Henry Cording (Salvador), à la musique Mig Bike (anagrame du surnom américain Big Mike de Legrand) et aux paroles Vernon Sinclair (Vian). Précurseurs malgré eux, Henry Cording and his original Rock and Roll Boys sortiront donc les premiers titres de rock français aux noms loufoques de "Va t'faire cuire un œuf, man", "Rock and roll-mops" ou "Rock hoquet".

 

Nous pourrions conclure cet abécédaire plus proche de l’inventaire à la Prévert par une autre perle de Vian, reservée aux oreilles sensibles. Mais pour coller à l’ambiance foutraque de ce B à V de Vian, nous préférons vous proposer le Tagada d’honneur.

Lecture
 
Tagada d'honneur Boris Vian ©Radio France

Commentaires

celle de Charles Belmont en 1968, avec les très jeunes acteurs Marie-France Pisier, Jacques Perrin et Sami Frey.
Prévert en disait : "Belmont a gardé le coeur du roman, ce film est merveilleusement fait. En plus, c'est drôle !"
Renoir : "Ce film a la grâce"
En décembre 2011 Jérémie Couston écrit dans Télérama: "Une comédie solaire délicieusement surréaliste. Adapter Vian ? un tabou dont Charles Belmont est joliment venu à bout".
Et en juin 2012 Michèle Vian dans Le Monde : « C'est très joli. Charles Belmont avait compris quelque chose. Il était fidèle à l'esprit. Et la distribution est éclatante ».
Et le Passeur critique le 24 avril 2013 : "Cette fraîcheur de ton offre au roman original la traduction à l’écran d’une fuite existentielle débordante de vie magnifiée par une bande son jazzy d’une élégance rare et d’un montage à son unisson. Élégant le film l’est tout du long dans un dégradé de nuances."

On peut voir photos, extraits et avis critiques sur le blog :
L'oeuvre du cinéaste Charles Belmont
charlesbelmont.blogspot.fr

je commente

Saisissez les caractères contenus dans l'image ci-dessus. (vérifier en utilisant un son)
Entrez le texte que vous voyez dans l'image ci-dessus. Si vous ne pouvez pas le lire, soumettez le formulaire et une nouvelle image sera générée. Insensible à la casse.